Au cours des cinq derniers mois, la SNCF a été frappée par un drame humain terrible : treize suicides parmi ses employés. Ce tragique événement a rapidement été récupéré par les syndicats Sud-Rail et CGT, qui semblent l'utiliser comme argument lors des négociations.
Ce contraste entre souffrance véritable et manipulation soulève des questions sur le rôle du syndicalisme en France. Le suicide est sans doute l'une des épreuves les plus dévastatrices qu’une famille puisse endurer. Treize familles de cheminots doivent faire face à cette douleur extrême, et il est essentiel de leur témoigner toute la compassion possible, sans condition ni instrumentalisation.
Une grève du chagrin ?
À la veille d'une grève nationale, le 8 juin, Fabien Villedieu, représentant de Sud-Rail, a pris la parole sur FranceInfo pour évoquer ces suicides. Il a précisé : « Il y a eu treize suicides de salariés depuis le début de l’année », évoquant directement la catastrophe vécue par France Télécom il y a vingt ans. Cette comparaison choc semble chercher à galvaniser l'opinion pour mobiliser un vote en faveur de la grève. Thierry Nier, le secrétaire général de la CGT-Cheminots, a quant à lui dénoncé un « harcèlement institutionnel », une « violence managériale ». Pourtant, cette précipitation ne fait qu’accroître la suspicion sur l’utilisation des chiffres tragiques à des fins de mobilisation.
Il est incontournable de questionner le moment choisi pour mettre en avant ces décès. Sont-ils réellement un hommage digne, ou bien un outil cynique pour convaincre les employés de rejoindre le mouvement ?
Des chiffres qui interpellent
Les syndicats ont rapporté ces chiffres sans vérification, négligeant une précaution essentielle. Selon les données de l'Institut de Veille Sanitaire, le taux de mortalité par suicide peut être mis en perspective. Les treize suicides rapportés représentent un taux d’environ 13 à 14 pour 100 000 employés, inférieur à celui de la moyenne des salariés français en général (25,1 pour 100 000) et bien en deçà de celui observé dans d'autres secteurs comme la santé.
L'instrumentalisation au cœur des débats
À travers cette méthode, ce qu'on appelle l'instrumentalisation, l'approche syndicale interpelle. Elle n'est pas nouvelle, mais atteint ici un degré de cynisme sans précédent. Critiquer cette récupération peut être perçu comme un manque de compassion, ce qui complique toute discussion critique. Les familles des cheminots disparus méritent assurément plus que d’être utilisées comme outils de pression lors des préavis de grève. Dans l’univers rhétorique, on appelle cela un argument ad misericordiam, mais dans la vie réelle, cela relève tout simplement de l'indécence.







