Chers lecteurs, quelque chose d'inquiétant se profile dans notre pays. Il ne s'agit pas de la radicalisation que l'on évoque généralement dans les discours politiques—celle des violences physiques—mais d'une radicalisation plus insidieuse, qui refuse le silence face à l'érosion de nos libertés fondamentales.
Des raisons de sécurité discutables
Récemment à Marseille, le cinéaste israélien Nadav Lapid, pourtant critique envers le gouvernement Netanyahou, a été contraint d'annuler sa participation à un festival à cause du boycott culturel visant Israël. À Strasbourg, le philosophe Gérard Bensussan a été déprogrammé d'une conférence sur... la vieillesse. Un sujet apparemment inoffensif, qui n’a rien à voir avec les enjeux géopolitiques. Mais la raison invoquée ? Les désormais célèbres « raisons de sécurité ». Ce terme, devenu un véritable passe-partout, masque une forme de lâcheté contemporaine, permettant d'exclure sans vraiment assumer les conséquences de ces exclusions.
Ce n'est pas la première fois que des personnalités publiques font face à une telle opposition. Le dessinateur Joann Sfar a, lui aussi, échappé de peu à l'annulation de son spectacle par des militants qui le jugeaient trop controversé. Dans le cas de Bensussan, aucune menace n’avait été signalée. Il s'agissait simplement d'un intellectuel audacieux, osant traiter le sujet de l'antisémitisme moderne, qui doit naviguer à travers un paysage où la liberté d'expression est constamment remise en question. La situation peut sembler isolée, mais les incidents s'accumulent et sculptent une réalité préoccupante.
Le constat est alarmant : les juifs ne sont plus écartés simplement parce qu'ils sont juifs, mais parce que leur présence peut offusquer certains groupes. Cette nuance, aussi délicate soit-elle, mène au même résultat. Qu'il s'agisse d'institutions d'enseignement, d'hôpitaux ou de médias, la même dynamique se répète. Nous n’entendons plus « nous ne voulons pas de vous », mais « le contexte est délicat ». On n'énonce plus « votre identité pose problème », mais « nous craignons des réactions ». L'histoire rappelle pourtant une vérité fondamentale : lorsqu'une société cède aux menaces, elle se démunit et commence à perdre ses libertés fondamentales.
Démission des institutions
Il est crucial de nommer les choses. Quand un intellectuel est exclu non pour ses propos sur un sujet apparemment neutre, mais pour ce qu'il représente, il s'agit alors d'un véritable problème d'antisémitisme. Quand des responsables institutionnels acceptent cette logique, nous faisons face à une démission collective. Le véritable scandale réside non pas dans les demandes de quelques fanatiques, mais dans la façon dont des institutions respectées se soumettent sans qu'on leur demande.
Cette tendance à céder à la peur transforme le paysage culturel et intellectuel en France. Pour certains, cela constitue le fondement de la « Nouvelle France », comme le soulignent certains leaders politiques. Un cadre où chacun, avant de s'exprimer, doit d’abord regarder par-dessus son épaule. Une France où l'on annule des voix variées pour éviter de devoir protéger la liberté d'expression, où la peur oriente le débat public.
Si nous avons atteint ce stade, alors oui, une radicalisation est inévitable—but une radicalisation du refus de céder. Face à ceux qui préfèrent se taire ou détourner le regard, ma réponse est claire : je me radicalise pour défendre la liberté d’expression. Ce combat est celui de la résistance contre la peur et pour la valorisation du débat ouvert.







