L'université face à la faiblesse des compétences en français : un défi en pleine expansion

Face aux lacunes en français, les universités intensifient les remises à niveau.
L'université face à la faiblesse des compétences en français : un défi en pleine expansion
©Frederic DIDES, AFP - Les universités sont de plus en plus nombreuses à imposer des modules de maîtrise de la langue, censés aider les étudiants à atteindre le niveau nécessaire pour poursuivre leur cursus

Les universités françaises font face à un constat préoccupant : une grande partie des néo-bacheliers semblent éprouver des difficultés croissantes en français. En réponse, de plus en plus d'établissements introduisent des modules de maîtrise de la langue, visant à aider les étudiants à atteindre un niveau suffisant pour poursuivre leur parcours académique.

Arnaud Thauvron, vice-président chargé de la formation de l'Université Paris-Est Créteil (Upec), souligne que "la chute des compétences en français est alarmante" et que ce constat est largement partagé dans le milieu académique. De nombreux enseignants notent des difficultés tant en compréhension qu'en expression écrite, telles que des énoncés manquant de cohérence ou une confusion entre différents types de propositions.

Pour pallier ces problèmes, un nombre croissant d'universités se tourne vers des solutions numériques, comme des modules en ligne permettant aux étudiants de s'exercer de manière autonome, souvent avec des accompagnements en cours. Cette tendance s'est intensifiée, surtout depuis que le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a annoncé son intention de durcir la notation des épreuves du bac, un diplôme censé refléter un niveau de langue adéquat.

Alors que le système éducatif propose des évaluations nationales pour les classes de CP, sixième et seconde, aucun dispositif de ce type n'existe au niveau supérieur. Actuellement, environ 200.000 étudiants, répartis sur une trentaine d'établissements, utilisent la plateforme écri+, dédiée à la formation en expression écrite, développée grâce à l'Agence nationale de la recherche (ANR) depuis 2018.

Jean-François Caulier, économiste et vice-président de l’Université Paris-1 Panthéon Sorbonne, précise que ces outils numériques sont essentiels pour compenser la baisse du nombre d'encadrants, permettant ainsi d'accompagner un large éventail d'étudiants.

Pour Ana Chiaruttini, professeure à l'université Nice-Côte d'Azur impliquée dans le déploiement de ces modules, "la maîtrise de la langue est déterminante". En trois ans de licence, elle constate une amélioration, mais souligne que des difficultés persistent. Elle pointe du doigt un système éducatif qui, selon elle, ne parvient pas à réduire les inégalités.

Le nombre d'inscrits à l'université a explosé entre 1960 et aujourd'hui, passant de 215.000 à 1,7 million, entraînant une diversification des profils d'étudiants. Christophe Benzitoun, directeur des sciences du langage à Nancy, met en garde contre une possible discrimination sociale liée à l'évaluation des compétences linguistiques.

À l'université, les enseignants ont la liberté d'évaluer la qualité de la langue. Si de nombreux établissements le font, ils n'ont pas tous de barèmes clairement définis. Benjamine Toussaint, maîtresse de conférences en littérature britannique, remarque : "Les erreurs de syntaxe nuisent à la clarté de la recherche et pénalisent ainsi les étudiants dans leurs évaluations." Depuis deux ans, l'Upec impose un test de français à l'entrée de licence afin de déterminer si les étudiants doivent suivre des heures de cours supplémentaires avec écri+.

À partir de septembre, l'Upec exigera à tous les élèves de licence de valider un module de français en ligne, suivi d'un examen sur table. De plus, la plateforme privée Projet Voltaire, largement adoptée depuis 2008, revendique 900 établissements et 500.000 utilisateurs dans l'enseignement supérieur. Philippe Armand, son président, note que "la demande pour des compétences en expression écrite et orale ne cesse de croître, même à l'ère numérique".

Cependant, à ce jour, aucune étude sérieuse n’a été réalisée par le ministère sur l'efficacité des outils comme écri+ ou le Projet Voltaire. Les acteurs du milieu attendent avec impatience des évaluations pour déterminer la véritable portée de ces initiatives.

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