Dans le petit village d'Upperlands, à 70 kilomètres à l'ouest de Belfast, un moulin séculaire continue de produire du lin dans un style artisanal, alliant savoir-faire traditionnel et modernité. William Smyth, 59 ans, est le dernier artisan à maîtriser le battage du lin, une technique vieille de trois siècles. Confronté à un monde textile en pleine mutation, ce dernier se bat pour la pérennité de son métier.
William utilise des machines bruyantes, dont certaines sont encore alimentées par des roues hydrauliques, pour raffiner le tissu de lin, lui donnant un éclat caractéristique. Il a hérité ce savoir-faire de ses prédécesseurs et déclare : « En plus d'un siècle, personne n'a trouvé de solution améliorée pour cette tâche délicate. » Ses efforts acharnés parfois décrits par les experts comme un « laborieux art de l’orfèvrerie textile », attirent progressivement l'attention des créateurs de mode.
La société qui gère le moulin, William Clark & Sons, fondée en 1736, vit une renaissance, espérant séduire de nouveau les designer comme Alexander McQueen et la créatrice nord-irlandaise Amy Anderson, qui admirent la durabilité et l'unicité du lin traditionnel. Pour Kevin Devlin, directeur général, « notre objectif est de relancer l’intérêt pour ce matériau sous-utilisé, qui revient comme une alternative durable aux textiles modernes. »
Il souligne également l'importance d'intégrer un apprentie pour transmettre ce savoir-faire unique. Le lin, considéré comme un choix éco-responsable, prend une place croissante dans les collections de mode, car les marques prennent conscience de l'impact environnemental de l'industrie textile.
Historiquement, l'industrie du lin en Irlande a prospéré au XVIIIe siècle, avec Belfast qui se faisait appeler Linenopolis en raison de son rôle crucial dans l'exportation de tissus réputés. Cependant, la montée des fibres synthétiques au XXe siècle a marqué un déclin. Avec le retour d'un intérêt pour les pratiques durables, Upperlands pourrait retrouver son statut d'antan.
La renaissance du lin à Upperlands n'est pas seulement un hommage aux anciennes traditions, mais aussi une nécessité contemporaine pour les artisans cherchant à répondre à la demande croissante pour des produits durables. Selon le designer de mode français, Jérôme Dreyfuss, « le lin est un matériel d'avenir, offrant une durabilité sans compromis sur le style. » Dans ce contexte, William Smyth s'efforce de faire en sorte que son moulin, habilité à transformer le lin en pièces raffinées, reste un phare de cette tradition millénaire.







