Le 10 décembre, une nouvelle mobilisation des enseignants a eu lieu, alimentée par des craintes concernant une diminution potentielle de leur pension de retraite dans le cadre du système universel à points. Bien que le gouvernement ait promis des compensations, le scepticisme règne au sein des syndicats.
• Salaires et retraites des enseignants sous la loupe
De nombreux enseignants estiment que leur profession ne reçoit pas la reconnaissance qu'elle mérite, une perception qui se reflète dans les rémunérations et les retraites. En effet, un enseignant débutant dans le primaire gagne 9 % de moins que la moyenne des pays de l'OCDE, et cette différence grimpe à 20 % après quinze années de carrière. Par exemple, le salaire brut mensuel d'un professeur des écoles est d'environ 2 694€, tandis qu'un enseignant certifié touche en moyenne 2 798€. Ces chiffres cachent un écart significatif entre le début et la fin de la carrière, sans prendre en compte les primes.
Le système des primes accorde une faveur aux enseignants du secondaire, qui bénéficient de primes fixes et variables selon leurs missions. En revanche, ceux du primaire se contentent d'une indemnité de suivi de 100€ brut par mois. Comme le souligne Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT, "les primes favorisent principalement les hommes, les femmes étant désavantagées par la répartition des tâches familiales". Même si des primes supplémentaires existent pour les enseignants en éducation prioritaire, leur impact global sur la rémunération reste limité, avec un taux de prime de seulement 12 % pour les enseignants du primaire et 19 % pour les certifiés.
• Les craintes des enseignants face à la réforme
Édouard Philippe lui-même a reconnu récemment que l'application actuelle des nouvelles règles pourrait désavantager les enseignants. Actuellement, les retraites sont calculées sur les six derniers mois de carrière, excluant les primes. Ce système assure des pensions relativement élevées, comme en témoigne la moyenne de 2 600€ pour les nouveaux retraités de 2017. Toutefois, une fois le système des points appliqué, l'intégration de l'ensemble de la carrière pourrait mener à une pension globale moins favorable, engendrant une diminution progressive des retraites par rapport à d'autres corps de la fonction publique.
Les promesses du gouvernement de tenir compte des primes dans le calcul des retraites ouvrent des interrogations. Même avec ces modifications, le ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a admis que le niveau de pension des enseignants se dégraderait, bien qu'il soit difficile de quantifier l'impact exact sans connaître la valeur du point.
• Pistes de solutions face à l'incertitude
Pour compenser les pertes anticipées, le gouvernement a annoncé une revalorisation des salaires des enseignants. Gérald Darmanin, ministre des comptes publics, a évoqué un budget nécessaire de "400 à 500 millions d'euros", mais avec le nombre élevé d'enseignants à prendre en compte, la facture pourrait rapidement s'alourdir. Alain Boissinot, ancien directeur général de l’enseignement scolaire, souligne que même une augmentation d'un échelon ne suffira pas à compenser les baisses de pensions attendues, suggérant qu'une hausse de 20 à 30 % pourrait s'avérer nécessaire.
La transition vers le nouveau système de retraite pose également des questions sur la manière dont les droits acquis seront calculés, suscitant une méfiance palpable parmi les syndicats qui craignent des répercussions négatives à long terme sur les rémunérations et les conditions de travail.
En ce qui concerne les enseignants du privé, ils ne bénéficient pas du statut de fonctionnaire et sont soumis à des conditions de retraite différentes, souvent inférieures à celles du public. Ces préoccupations vont de pair avec l'incertitude quant à l'avenir des rémunérations dans le secteur éducatif, rendant le débat autour de la réforme des retraites encore plus crucial.







