Fermée définitivement en 2020, la centrale de Fessenheim, située dans le Haut-Rhin, s'engage dans un des chantiers de démantèlement les plus ambitieux de France. EDF, responsable de l'opération, s'est vu attribuer une période de 22 ans pour mener à terme ce projet colossal dont le coût est estimé à 1,4 milliard d'euros.
Au début de ce mois, le gouvernement a délivré un décret autorisant les travaux de démantèlement, en attente de validation par l'autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, prévue pour le mois prochain. "C'est un jalon décisif", souligne Pierre-Jean Barret, le directeur du site.
Installés à la frontière franco-allemande, les deux réacteurs de la centrale ont été mis en service en 1977 et ont fonctionné pendant 43 ans, produisant suffisamment d'électricité pour alimenter l'Alsace pendant trois décennies. Depuis leur mise à l'arrêt, une préparation minutieuse du démantèlement a été entreprise, notamment par l'évacuation de combustible nucléaire usé vers l'usine de recyclage d'Orano à La Hague, réduisant ainsi 99,9 % de la radioactivité sur le site.
Des actions ont également été menées pour nettoyer et purifier les circuits du site. Cela inclut le démontage de certains équipements pour les réutiliser ailleurs, valorisant environ 30 millions d'euros en matériels. Par exemple, certaines turbines de Fessenheim sont désormais opérationnelles à Dampierre et Gravelines.
Le démantèlement de la centrale, qui débutera sous peu, mobilisera entre 300 et 400 personnes par an sur un site d'environ 34 hectares. La déconstruction générera près de 405 000 tonnes de matériaux, dont 95 % seront non radioactifs. Les 5 % demeurants seront triés et stockés temporairement dans l'ancienne salle des machines avant d'être transportés vers des sites de l'Andra (Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs) dans l'Aube.
La première opération d'envergure, gérée par Adrien Picard de Cyclife Engineering, débutera cette année avec l'évacuation des générateurs de vapeur, des cylindres massifs de 20 mètres. "La première tâche sera de les découper", précise Picard, soulignant le caractère délicat de cette opération. Une grue spécifiquement conçue pour ces dimensions est déjà en place.
Pour les travaux liés à la cuve du réacteur, des machines téléopérées seront déployées pour minimiser l'exposition des travailleurs à la radioactivité. Dans le bâtiment combustible numéro 1, des alvéoles de stockage étaient utilisées pour conserver le combustible d'uranium, qui doit maintenant être retiré avec précaution.
Ce démantèlement, qui se poursuivra jusqu'en 2048, marque une première pour notre parc nucléaire moderne, hormis le site prototype de Chooz A, toujours en cours de démantèlement. EDF aspire à tirer de cette expérience pour rendre les procédés de démantèlement plus efficaces, visant à réduire les délais à 15 ans et les coûts à 500 millions d'euros par réacteur.
Enfin, EDF projette de créer un technocentre à proximité, visant à établir une usine de recyclage de matériaux faiblement radioactifs issus de démantèlements nucléaires. Un projet qui suscite déjà des préoccupations au sein de la communauté locale.







