Dans la campagne de Virginie, des jeunes vaches paissent près d'un étang gelé, appartenant à Chris Stem, un agriculteur de 40 ans. Bien qu'il ait réalisé son rêve, il ressent aujourd'hui la pression d'une réalité difficile.
Avec la montée des prix du boeuf et un cheptel au plus bas depuis 75 ans, les éleveurs se trouvent pris au piège. Ils affrontent une flambée de leurs coûts d'exploitation, tout en voyant leurs clients devenir plus attentifs à leur budget et aux effets des politiques commerciales de l'ancien président Trump.
"Les coûts d'exploitation dépassent notre capacité à continuer d'élever du bétail," déclare Stem à l'AFP, affirmant que 15 % de ses 250 bêtes sont destinées à sa propre boucherie.
"Les prix de l'alimentation, du matériel et des services ont tous augmenté. Jusqu'à quand cela va-t-il durer?" interroge-t-il, perplexe face à la situation.
Bien que la hausse des prix du boeuf ait permis de gonfler son chiffre d'affaires, cela n'a pas suffi à compenser l'escalade de ses frais, rendant une augmentation continue des prix impossible. "Les clients ne dépenseront pas plus qu'un certain montant", précise-t-il, surtout face à des offres importées beaucoup moins chères dans les grandes surfaces.
Le prix du faux-filet a plus que doublé en quelques années, passant de 14,99 dollars la livre en 2019 à 32,99 dollars, entraînant une chute des ventes de 30 %.
Pour s’adapter, Stem a diversifié ses activités en se lançant dans la viticulture et en organisant des événements sur sa propriété.
- "Un secteur en crise" -
En janvier, les prix du boeuf et du veau ont augmenté de 15 % par rapport à l'année précédente, et les experts prévoient que la tendance va se poursuivre. Bien que la demande reste forte, il faudra des années pour reconstituer des troupeaux décimés par des sécheresses et des restrictions d'importation.
Cette flambée des prix du boeuf met en lumière le coût de la vie et stimule la frustration des électeurs. L'an dernier, Trump avait demandé aux éleveurs de baisser les prix avant de favoriser les importations de boeuf brésilien et argentin, un coup dur pour les agriculteurs américains, une base électorale clé.
"Nous devons nourrir les Américains, mais cela nuira gravement aux éleveurs," prévient Stem. Bien qu'il soutienne l'administration républicaine, il refuse de faire confiance aux incertitudes actuelles.
Un organisme de défense des éleveurs a récemment sonné l'alarme : "Notre secteur est en crise et nécessite une protection contre ces importations qui font chuter les prix."
- Achats plus mesurés -
Pour Lance Lillibridge, agriculteur dans l'Iowa, les éleveurs vivent déjà avec des marges très réduites depuis des années. "Les gens sont fatigués de travailler si dur pour si peu," déclare-t-il, en ajoutant que les prix de leur bétail sont actuellement justes.
Cependant, ce point de vue n'est pas partagé par tous les consommateurs. Endawnson Nungo, 56 ans, à Caroline du Sud, indique qu'il a considérablement réduit ses dépenses en raison de la hausse des prix du boeuf.
Caleb Svezia, 28 ans, rencontrés dans une boucherie de Washington, se voit également contraint d'économiser pour des viandes de qualité.
Jamie Stachowski, boucher à Washington, observe une baisse de la fréquentation de son échoppe, ayant dû augmenter ses prix de 30 % l'an dernier, ce qui a entraîné une chute de ses ventes de 15 %.
"L'industrie bovine représente des milliards de dollars, mais les éleveurs ne gagnent que quelques centimes par kilo," se désespère-t-il.







