Alors que de nouvelles réglementations émergent, les entreprises d'intelligence artificielle déploient des ressources financières et stratégiques considérables pour peser sur les politiques publiques. Un rapport récent de Public Citizen indique qu'en 2025, environ 3 500 lobbyistes aux États-Unis se focaliseront sur des questions en lien avec l'IA, marquant une hausse de 170 % en seulement trois ans.
Les grandes entreprises investissent massivement dans des campagnes d'influence. À titre d'exemple, OpenAI a récemment noté qu'elle consacre d'importantes sommes pour soutenir des candidats favorables à l'IA dans la perspective des élections de mi-mandat de 2026. Sa stratégie comprend des mesures fiscales telles qu'une possible hausse des taxes sur les plus-values, et le développement de fonds publics pour redistribuer les gains financiers liés à l'IA.
Margarida Silva du Centre de recherche sur les entreprises multinationales à Bruxelles affirme que cette dynamique pourrait également être perçue comme un "exercice marketing". Elle souligne que les entreprises cherchent à "redorer symboliquement leur image" face aux critiques croissantes. Parallèlement, Charles Thibout, maître de conférence à Sciences Po Strasbourg, évoque les stratégies de lobbying similaires à celles des industries de la tabac ou du pétrole, mais avec des budgets significativement plus élevés.
En Europe, la start-up française Mistral a récemment proposé une feuille de route de 22 mesures pour stimuler le développement de l'IA, témoignant de cette aussi dynamique européenne. Cela inclut également une augmentation des dépenses de lobbying des entreprises tech en Europe, qui ont grimpé de 55 % depuis 2021, atteignant 151 millions d'euros en 2025, selon Corporate Europe Observatory.
Dans un contexte où la mise en place de charteurs éthiques autour de l'IA est débattue, Alexandra Iteanu, avocate spécialisée en droit numérique, note que "c'est une période charnière" qui incite les entreprises à exercer une pression accrue sur les législateurs pour obtenir des mesures à leur avantage. Les entreprises de technologie semblent avoir peu de scrupules à déployer leurs ressources à cet effet, ce qui pourrait poser des risques pour l'intégrité de la démocratie.
Pour les parties prenantes politiques, établir des liens avec des leaders de la tech, tels que les cofondateurs de Mistral, est souvent perçu comme un moyen d'attirer des investissements sur leur territoire. Cependant, cette interconnexion entre le secteur privé et le gouvernement pourrait potentiellement créer des conflits d'intérêts, soulignent certains experts.
Ainsi, en dépit des dépenses considérables en lobbying, les opinions publiques restent globalement sceptiques quant aux bénéfices véritables de l'IA, en particulier sur le marché de l'emploi. Les sondages montrent un besoin crucial d’aligner le développement technologique avec des considérations sociales, éthiques et environnementales.







