À l'aube de sa troisième année de mandat, le président argentin Javier Milei, connu pour ses positions ultralibérales, est sur le point d'obtenir l'adoption d'une réforme cruciale de la législation du travail, un projet controversé aux répercussions incertaines sur l'emploi. Comme le rapportent nos confrères de France 24, le débat et le vote au Sénat s'annoncent tendus, avec un déploiement policier massif prévu pour contrer les manifestations organisées par les syndicats et les partis de gauche.
En dépit des rancœurs, la loi, surnommée "modernisation du travail" par ses partisans et "précarisation" par ses détracteurs, semble promis à une ratification. La dernière minute a vu quelques concessions de l'exécutif, concernant par exemple les contributions patronales pour la couverture santé, qui ont élargi le soutien au texte au-delà du seul parti libertarien La Libertad Avanza.
La CGT, la centrale syndicale majeure, déplore l'échec de ses mobilisations, son co-secrétaire général Jorge Sola affirmant que leurs efforts n'ont pas suffi à influencer le vote des parlementaires. La centrale prévoit désormais de contester la réforme devant la justice, avec un appel à une nouvelle manifestation programmée pour le début de la semaine prochaine.
La réforme, qui soulève de vives inquiétudes, prévoit entre autres la facilitation des licenciements, une baisse des indemnités, ainsi qu'une possible augmentation de la durée de la journée de travail à 12 heures. Elle élargit également les services dits "essentiels", limitant de facto le droit de grève et permettant le fractionnement des congés. Pour Milei, cette réforme "structurelle" est censée mettre fin à plus de 70 ans de stagnation dans les relations de travail afin de créer un environnement propice à l'embauche, aux investissements, tout cela alors que 43% de l'emploi se situe encore dans le secteur informel.
Pas d'embauches prévues
Malgré le soutien de certains secteurs patronaux, comme Martin Rappallini, président de l'Union industrielle argentine, qui voit d'un bon œil la volonté de réduire la judiciarisation excessive du travail, il souligne également que la création d'emplois dépend de multiples facteurs, pas seulement de la législation. Un rapport de l'Institut national de la statistique (Indec) indique que la réforme, à court terme, pourrait avoir peu d'effet sur les créations d'emplois. Dans le secteur industriel, 80% des entreprises affirment ne pas avoir de projets d'embauche dans les trois prochains mois.
Les entreprises craignent surtout une demande interne insuffisante, reflet de la baisse du pouvoir d'achat et d'une consommation en berne, conséquences de l'austérité budgétaire mise en place par Milei. Bien que l'économie argentine ait connu un rebond de 4,4% en 2025, il est important de noter que des secteurs comme l'industrie et le commerce continuent de souffrir.
Avec près de 300 000 emplois perdus en deux ans de présidence, la situation reste précaire. Le président Milei, qui aspire à incarner l'anarcho-capitalisme, espère utiliser son apparente victoire sur cette réforme comme un symbole fort lors de son discours au Parlement, soulignant ainsi un renversement de force en sa faveur depuis sa conquête des élections législatives.
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