Des centaines de milliers de voyageurs se retrouvent immobilisés aux quatre coins du globe, alors que la fermeture prolongée des espaces aériens au Moyen-Orient perturbe sévèrement l'activité des grandes compagnies aériennes, des acteurs essentiels sur la scène mondiale. Lundi 2 mars, la situation rappelle la plus vaste crise aérienne rencontrée depuis la pandémie de Covid-19. Au moins 2 800 vols ont été annulés samedi, suivis de 3 156 dimanche, et la tendance se poursuit avec 1 239 modifications lundi matin, selon les données de FlightAware.
Les vols vers le Moyen-Orient sont touchés de plein fouet, les pays de la région continuant de bloquer leurs espaces aériens. En effet, selon le site Flightradar24, le ciel de l'Iran, de l'Irak, d'Israël et des Émirats reste désespérément vide. Les réseaux sociaux regorgent de témoignages de passagers désespérés. "Si mon patron me regarde, je reviendrai plus tard cette semaine, enfin j'espère", a déclaré un jeune homme coincé à Johannesburg, ne parvenant pas à rejoindre Londres.
Parmi les passagers, des "milliers" de Français sont actuellement retenus non seulement au Moyen-Orient, mais aussi en Asie et en Océanie, comme l’a indiqué Patrice Caradec, président du Syndicat des entreprises de Tour Operating (Seto).
Des hubs aériens majeurs
Cette crise est sans précédent. Selon Didier Bréchemier, expert au cabinet Roland Berger, l'ampleur des événements en cours n'a pas son équivalent depuis la crise de la Covid-19. Le Moyen-Orient, avec des hubs aérodynamiques comme ceux de Dubaï, Abu Dhabi et Doha, est essentiel au trafic aérien international. L'aéroport international de Dubaï, par exemple, est le deuxième aéroport mondial en termes de trafic, enregistrant près de 100 millions de passagers en prévision pour cette année.
Pourtant, ces grands aéroports sont désormais à l'arrêt. Emirates Airlines, la plus grande compagnie aérienne du monde, a suspendu tous ses vols à destination et en provenance de Dubaï, tandis qu'Etihad Airways et Qatar Airways suivent le même chemin. D'autres compagnies aériennes, dont Air France et Swiss, ont également décidé de cesser leurs opérations vers ces destinations, entraînant une multiplication des annulations.
La situation devient critique, et la simultanéité de la fermeture de ces hubs de transit constitue un défi majeur pour l'aviation mondiale.
Le défi logistique d'un trajet alternatif
Pour atténuer cette crise, les compagnies aériennes cherchent à rediriger leurs itinéraires et à établir des "ponts aériens" via des hubs alternatifs tels qu'Istanbul. Cependant, cette transition pose des défis logistiques considérables. Les routes aériennes au-dessus de l'Iran et de l'Irak avaient gagné en importance dans les récents mois, mais la fermeture actuelle compliquera encore plus la situation.
"Les fermetures dans la région obligent les compagnies à emprunter des couloirs de plus en plus étroits", indique Ian Petchenik, directeur de la communication de Flightradar24. Astra des dangers de survoler des zones conflictuelles, les transporteurs doivent également faire face à une surcharge de travail pour gérer leurs opérations.
Les compagnies comme Emirates, dont l'ensemble des opérations repose sur la stratégie de "hub and spoke", voient l'ampleur du problème. Natasha Heap, spécialiste en aviation civile, souligne qu'il est pratiquement impossible pour des compagnies basées à Dubaï et ailleurs de déplacer leur centre d'opération rapidement.
Bien au-delà des appareils immobilisés, il est crucial de considérer les équipes de personnel, les opérations de maintenance et de restauration. La difficulté d'un relogement rapide de ces opérations pourrait rencontrer des délais considérables.
Les implications économiques sont déjà palpables, les pertes pour ces transporteurs se chiffrant en centaines de millions d'euros. Didier Arino, directeur général de Protourisme, mentionne que cette situation écorne considérablement l'image de ces compagnies, qui sont perçues comme des garantes de sécurité.
Avec des contributions d'AFP et Reuters







