À Colombo, la capitale du Sri Lanka, les longues files d'attente devant les stations-service sont de retour, et les prix de l'énergie augmentent en raison de la guerre en cours au Moyen-Orient. Ces événements teintent le quotidien des habitants de réminiscences douloureuses, rappelant la grave crise économique qui a frappé l'île en 2022.
Wasantha Jayalath, un vendueur au marché nocturne, s'exprime sur la situation actuelle: "C'est vraiment difficile à vivre. Je dois subvenir aux besoins de mes trois enfants scolarisés et je peine à régler mes factures d'électricité". Cette crise énergétique est exacerbée par le blocage du détroit d'Ormuz, rendant les importations de pétrole encore plus délicates pour un pays qui en dépend entièrement.
Face à cette pression croissante, le gouvernement a décidé de rationner l'énergie, d'augmenter les prix du carburant et d'électricité, et même d'instaurer une semaine de travail de quatre jours pour les employés du secteur public. Ces mesures, qui rappellent les stratégies dites "d'austérité", ravivent les souvenirs d'une période où l'inflation atteignait des sommets historiques et où la population avait dû faire face à des pénuries alimentaires et de biens essentiels. Lors des manifestations de 2022, la colère populaire avait abouti à la démission du président Gotabaya Rajapaksa.
Le Parti de l'avant-garde socialiste (FSP), qui avait joué un rôle central dans la contestation de 2022, s'inquiète des répercussions de cette pénurie actuelle. "La souffrance quotidienne des gens pourrait conduire à des manifestations", avertit Duminda Nagamuwa, un membre du bureau politique. Le pays a récemment élu Anura Kumara Dissanayake, dont le parti a pratiquement triomphé aux élections, avec la promesse de solutions concrètes à ces défis. Cependant, des âmes comme Wasantha commencent à douter: "Je pensais que les choses allaient s'améliorer, mais je crains maintenant que nous replongions dans des temps sombres".
Sur le terrain, d'autres, comme Priyantha Sudharshana Silva, tentent de rester réalistes. "Je ne pense pas qu’appeler à des manifestations changerait quoi que ce soit. Nous devons nous unir pour traverser cette tempête". L'avocate Bhavani Fonseka ajoute que la populace est tellement préoccupée par sa survie quotidienne qu’elle ne pense pas à se révolter pour l’instant.
Récemment, le gouvernement a introduit de nouvelles restrictions sur l'approvisionnement en eau, une mesure qui vise à préserver ses ressources. "Face aux événements de 2022, la population semble moins encline à la contestation", affirme Fonseka, tout en soulevant une inquiétude quant aux lois d'urgence en vigueur qui pourraient sérieusement restreindre les libertés individuelles.
Le cyclone Ditwah, qui a frappé le pays l’année dernière, a causé de nombreuses pertes humaines et des destructions évaluées à plus de 4 milliards de dollars par la Banque mondiale. La réponse du gouvernement à la catastrophe a épuisé les budgets nécessaires pour palier à la crise actuelle. "Les prix du pétrole devraient diminuer sur les marchés internationaux", prédit Shantha Mendis, un habitant de Colombo. "Mais cela ne se traduira pas par des baisses de prix chez nous".







