Ce mardi, la Cour de cassation examine le recours de Tran To Nga, une femme de 84 ans, victime de l'agent orange, ce défoliant tristement célèbre utilisé durant la guerre du Vietnam. Elle a intenté un procès contre Bayer-Monsanto et treize autres sociétés agrochimiques qui ont fabriqué ce produit hautement toxique. Après avoir perdu en première instance à Évry en 2021 et devant la cour d'appel de Paris en 2024, sa demande d'indemnisation a été jugée irrecevable en raison de l'immunité de juridiction qui protège les États et leurs agents.
Dans leurs décisions, les juridictions inférieures ont affirmé que ces sociétés agissaient sous l’égide des États-Unis pendant le conflit (1955-1975) et bénéficiaient donc de cette immunité. Cette interprétation pose question, selon les avocats de Mme Tran, Bertrand Repolt et William Bourdon. Ils soutiennent que « l’aspect essentiel de ce dossier est de garantir l’accès à la justice pour leur cliente ». Ils précisent que cette immunité ne couvre pas les conditions de fabrication de l'agent orange.
« Ne pas pouvoir juger les responsables de cette catastrophe humaine interroge sur notre capacité à obtenir réparation, » déclarent les avocats. Tran To Nga, ayant acquis la nationalité française, attribue les maladies de ses enfants et petits-enfants à l'exposition à ce produit dangereux.
Une Trop longue attente pour la justice
Née en Indochine en 1942, Tran To Nga était une jeune journaliste lorsqu'elle a été exposée à l’agent orange. Ce produit a eu des conséquences tragiques pour elle et pour des millions de Vietnamiens. Selon l'association Vietnam Dioxine, 3 millions de personnes auraient souffert de graves problèmes de santé à cause de cette substance.
Dans ses témoignages, elle évoque des souvenirs douloureux d’une journée où « […] l’avion a diffusé un nuage blanc ; cela est tombé sur moi, et j’ai immédiatement ressenti des difficultés respiratoires ». Sa propre fille, née en 1969, est décédée à l'âge de 17 mois d'une malformation cardiaque, et elle témoigne que ses autres enfants ainsi que ses petits-enfants souffrent également de maladies graves.
De plus, Tran To Nga souffre, elle aussi, de problèmes de santé tels que des tuberculoses récurrentes, un cancer, et un diabète de type II, comme l'indique l'association Vietnam Dioxine sur son site officiel.







