Pour la presse américaine, il est le "Steve Jobs de la nourriture". Portrait d'un héraut en guerre contre la junk food.
Sa mission ? Transformer la culture culinaire mondiale, surtout aux États-Unis. Le journaliste culinaire se dresse depuis deux décennies contre la malbouffe et l'hégémonie agro-industrielle. Cuisiner devient pour lui un acte politique.
Prenez un instant pour observer Michael Pollan. Avec son apparence de marathonien, ses lunettes cerclées de fer et son visage émacié, on pourrait être surpris de le voir à la tête d’un mouvement prônant des plats faits maison. Pourtant, ce Californien de 58 ans, reconnu aux États-Unis, s'est affirmé comme un champion d'une alimentation saine. Qu'il se trouve dans son jardin potager ou en visite dans une ferme biologique, Pollan continue de défendre une philosophie qui privilégie l'harmonie entre l'homme et la nature. Selon Tim Carman, journaliste au Washington Post, "Il exerce probablement le métier le plus difficile des États-Unis : encourager ses concitoyens à mieux se nourrir et à comprendre notre système alimentaire, qui nous rend malades."
Journaliste engagé et professeur
Michael Pollan, à la fois journaliste, écrivain et professeur à l'université de Berkeley, se dresse contre les dangers de la junk food, des fermes industrielles et de l'agro-business. Un défi dans un pays où le hamburger est érigé en symbole culinaire et où des décisions politiques ont classé la sauce tomate comme un légume. Ce constat devient d'autant plus urgent face à la crise de l'obésité qui touche un tiers des Américains. À titre d’exemple, les campagnes de la première dame, Michelle Obama, telles que "Let's move!" visent à répondre à ces enjeux de santé publique.
Cuisiner : un choix citoyen
Pollan est surnommé le "Steve Jobs de la nourriture" pour sa vision novatrice de l'alimentation. Pour lui, cuisiner est essentiel pour reconnecter l'agriculture et la consommation alimentaire. Il déclare : "Cuisiner est un acte politique, car cela améliore notre santé et renforce la communauté." Son mantra "Mangez de la vraie nourriture" est complété par un appel à cuisiner soi-même. Ces messages peuvent paraître familiers dans d'autres pays, mais aux États-Unis, un endroit où le fast-food prédomine, cela prend une dimension cruciale. Alice Waters, chef de Chez Panisse, renchérit : "C'est une vérité que la plupart des Américains ne passent que 27 minutes par jour à préparer leurs repas." Pollan, armé de sa plume, s'oppose à ceux qui ignorent la vraie nature des aliments pour se concentrer sur leurs molécules distinctives. Plus que tout, il critique l'industrie agroalimentaire pour sa capacité à tromper les consommateurs en qualité et en temps.
Le repas familial, un symbole de démocratie
Ses livres, tels que Le Dilemme de l'omnivore et Cooked: A Natural History of Transformation, font figure de manifestes pour un changement de paradigme en Amérique. Pollan souligne que des décennies de conseils nutritionnels ont conduit à une société plus obèse et moins informée. Fraîchement revenu d'une tournée pour promouvoir son dernier ouvrage, il aspire simplement à retrouver sa cuisine familiale, où il apprend aussi à son fils Isaac les précieuses leçons que l'on tire d'un repas partagé. Il s’inquiète d'un fait préoccupant : 20 % des repas américains sont consommés... au volant. Pollan souhaite réhabiliter le repas en famille, le considérant comme un lieu d’apprentissage des compétences sociales et de partage. Alice Waters résume ainsi son influence : "Pollan a su mettre en lumière les obligations éthiques qui lient nos corps, l'agriculture et la nourriture. Il est devenu un exemple à suivre pour nous tous."







