De l’autre côté de la Manche, il se murmure que le nouvel âge d’or de la gastronomie française se joue là-bas. Au point que celle-ci serait devenue meilleure que dans l’Hexagone, du moins selon certains.
Avoir le courage de l'affirmer n'est pas donné à tout le monde. En décembre dernier, le chef anglais Chris Laidler a suscité la controverse en déclarant dans les colonnes du Times que les restaurants au Royaume-Uni offraient désormais une cuisine française supérieure à celle de la France. Choc ? Cette revendication n'est pas isolée : le journaliste culinaire Jay Rayner avait déjà, en octobre 2021, écrit une chronique intitulée, "Vous cherchez les meilleurs restaurants français ? Allez à Londres, pas à Paris" dans The Guardian.
Divers signes confirment cette affirmation. Depuis la fin de la crise du Covid, la cuisine française connaît un nouvel essor au Royaume-Uni. Une French mania émerge dans les bistrots et brasseries de Londres, où les chefs anglais s'approprient les classiques comme les gougères, les cuisses de grenouille, ou encore le lapin à la moutarde.
Pâtés en croûte et œufs en gelée
Des établissements comme Maison François, Ploussard, ou Joséphine Bouchon, souvent évoqués comme des références parisiennes, sont en réalité des créations anglaises en tête de cette renaissance gastronomique. Pâtés en croûte, œufs en gelée, poulet rôti, et steak-frites sont désormais à l’honneur, sans aucune limite.
À la tête de ces lieux, une nouvelle génération de chefs cherche à épurer et simplifier la cuisine haut de gamme, la rendant plus accessible et chaleureuse. Chris Laidler, chef de Climat à Manchester, déclare : « Nous avons assisté à la fin de la haute cuisine. Aujourd'hui, les gens préfèrent un style plus familial et moins prétentieux. Ils ne veulent plus débourser 600 livres pour un repas gadget qui les laisse sur leur faim. »
En cuisine, des mets traditionnels sont retravaillés avec des interprétations innovantes. François O’Neill, cofondateur de Maison François, parle du choix de plats emblématiques comme le pâté en croûte ou le Paris-Brest, mais aussi de simplicité avec des options telles que le poisson grillé ou le steak-frites. La créativité est de mise, avec des recettes comme des cuisses de canard confites associées à un ragoût de lentilles, ou une poitrine de porc confite avec boudin noir et pommes.
L’effet « rouge à lèvres »
Cette passion pour la cuisine française ne se limite pas aux restaurants, elle s’implante également dans les foyers britanniques. Selon un rapport de tendances de Waitrose, les recherches de "recettes françaises" ont flambé, atteignant une hausse impressionnante de 267 % au cours des trois derniers mois. Parmi les plats les plus populaires se trouvent la soupe à l’oignon, le bœuf bourguignon, et la tarte Tatin. Ce regain d’intérêt est lié à ce que l’on nomme l'« effet rouge à lèvres », constatant que, même en période d’incertitude économique, les consommateurs sont prêts à dépenser pour des plaisirs culinaires.
Une histoire d’amour jalonnée de hauts et de bas
L’histoire d’amour entre la gastronomie française et l’Angleterre a connu ses hauts et ses bas. Au XVIIIe siècle, chaque aristocrate souhaitant briller engageait un cuisinier français. La venue d'Auguste Escoffier à Londres en 1890 a renforcé la renommée de notre cuisine comme l'apogée du savoir-faire culinaire. Cependant, la concurrence de la cuisine italienne dans les années 90 a terni cette image. Ce n’est qu’avec le renouveau des années 2020 que la gastronomie française reprend ses droits, suscitant curiosité et désir de traverser la Manche pour savourer de nouveau la cuisine française.







