Plein la truffe !
Les guides gastronomiques doivent parfois se demander quoi faire de ce restaurant. À peine visible, il se trouve en contrebas de la nationale 7, avec quelques chambres à l'étage et un parking ombragé par des platanes. Un néon fragile éclaire l'entrée à la tombée de la nuit. Le chef, Guy Julien, ne cherche pas à promouvoir son établissement. Avec un éclat de rire juvénile, il se contente de dire : "Je ne sais plus rien." Autrement dit, la Beaugravière est de ces lieux que l'on adore : des corsaires des saveurs, des aventuriers en quête de plaisirs authentiques. Guy Julien incarne une candeur renouvelée, un plaisir brut qui fait du bien.
Dans la vaste salle, éclairée par des halogènes vintage, les premiers clients prennent place. Savent-ils qu'au-dessous de leurs pieds se cache une collection impressionnante de côtes-du-rhône ? Il suffit d'un simple décapsulage pour que les ardeurs des œnophiles se réveillent. Mais la véritable spécialité de Guy Julien, c'est la truffe, à mille lieux du service à la parisienne. Ici, elle est à l'état pur, telle qu'elle devrait être appréciée. Ne perdez pas une minute, la Beaugravière vous attend.
Pour un menu à 110 € (truffé) ou 168 € (à la truffe) ? La question ne se pose même pas. Ce jour-là, bloqué par des grèves SNCF, nous avons eu l'honneur de déguster une assiette sublime de légumes de saison agrémentée de truffe noire (68 €), une composition digne d'un restaurant étoilé. Nous avons ensuite savouré un plat mémorable : des coquilles saint-jacques agrémentées de truffes et un velouté exquis (68 €). L'expérience fut incroyable, mais le retour à la réalité frappa violemment lorsque le train siffla au loin. Pas de dessert ni de fromage, mais nous avons eu la chance de nous délecter d'un château-neuf-du-pape divin. Parfois, dans un restaurant, il faut savoir prendre son bonheur et s'en aller. C'est à votre tour de faire le voyage.
La Beaugravière : 04 90 40 82 54







