Une nouvelle invasion de pucerons verts pèse comme une ombre sur les champs de betteraves en France, incitant les agriculteurs à demander des ajustements législatifs pour leur permettre d'utiliser des insecticides efficaces, déjà autorisés chez leurs homologues européens.
Dans la vallée de l’Aisne, premier producteur de betteraves en France, les agriculteurs redoutent une répétition des désastres de 2020. Depuis quelques jours, une invasion de pucerons verts, porteurs de jaunisse virale, s’étend sur des cultures qui avaient été semées dans des conditions parfaites. Les jeunes pousses, à peine émergeantes, font déjà face à cette menace. La cause : des températures printanières inhabituellement élevées, qui ont favorisé la prolifération de ces insectes nuisibles, poussant les agriculteurs à effectuer leurs premiers traitements. En 2018, une situation similaire a annihilé jusqu'à deux tiers des rendements des exploitations touchées.
Franck Sander, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves, ne cache pas son exaspération. « Le problème, c’est que nous allons travailler en vain, traiter sans réelle efficacité, et gâcher nos produits », déclare-t-il avec indignation. En France, seulement trois insecticides, dont le Verseon et le Teppeki, ont reçu homologation. Cependant, ces produits se révèlent peu performants, nécessitant plusieurs applications pour être efficaces. Existe pourtant des traitements plus adéquats, notamment l’enrobage des semences à base de flupyradifurone et l’aspersion à l’acétamipride, cette dernière option étant pourtant disponible dans d'autres pays européens sans restrictions. « Nous demandons avec insistance une révision des lois françaises pour permettre aux agriculteurs de produire dans des conditions similaires à celles de l'Europe, afin de préserver notre compétitivité », ajoute Sander.
Le Conseil d’État et le Conseil constitutionnel se rangent du côté du bon sens
Cette requête des betteraviers survient dans un climat législatif en mutation. Deux semaines après l’approbation par le Conseil d’État de la loi Duplomb 2, qui vise à autoriser plusieurs produits phytosanitaires jusqu’alors prohibés, la pression se renforce pour une mise en place rapide. L’année dernière, une pétition soutenue par plus de deux millions de signatures n’avait pas suffi à sauver une clause visant à réintroduire l’acétamipride, censurée par le Conseil constitutionnel, qui a par la suite reconnu l’importance de cette réglementation dans un motif d’intérêt général. Le Conseil d'État a également confirmé que cette molécule n’a pas de potentiel génotoxique ni cancérogène, selon les derniers avis scientifiques.
Cette question a même réussi à rassembler des soutiens au-delà des clivages habituels. Lors d’une récente conférence de presse au Sénat, Henri Cabanel, sénateur et viticulteur promouvant l’agriculture biologique, a manifesté son appui à la loi Duplomb 2, s’appuyant sur le principe du « bon sens paysan » et s’opposant à une surtransposition des normes européennes. Selon lui, une telle réglementation a des effets dévastateurs, réduisant le nombre de fermes en France par quatre au cours des cinquante dernières années, laissant seulement 304 000 exploitations en activité.







