Intrigué par le profil de Victoria Goldiee, une jeune journaliste indépendante qui prétendait collaborer avec des médias de renom, Nicholas Hune-Brown, rédacteur en chef du site canadien The Local, s'est lancé dans une enquête. Bien qu'elle existe réellement, il s'avère que ses articles sont le fruit d'une intelligence artificielle. Un retournement vertigineux.
En septembre 2025, j'ai lancé un appel à contributions à des journalistes indépendants. En tant que rédacteur en chef pour The Local à Toronto, un magazine reconnu pour ses longs formats, je suis toujours à la recherche de nouvelles voix. L’année précédente, nous avions reçu des propositions variées, toutes humaines. Cette fois, cependant, les choses avaient considérablement évolué.
Un angle accrocheur
Un message a particulièrement retenu mon attention. Victoria Goldiee affirmait avoir écrit pour des publications telles que The Globe and Mail et The Walrus, soulevant la question de la privatisation du système de santé sous l'angle de la “médecine sur abonnement”. Cette approche fascinante promettait une analyse des impacts de ces systèmes sur notre santé publique.
Ses recherches semblaient déjà bien avancées : Victoria prétendait avoir interviewé plusieurs personnes, dont Danielle Martin, médecin à Toronto. En vérifiant, cependant, cette dernière n'avait jamais entendu parler d'elle.
Une illusion bien orchestrée
En cherchant en ligne, il s'est avéré que le nom de Victoria Goldiee était lié à une multitude d’articles éparpillés sur divers médias, mais beaucoup semblaient douteux. Sa biographie indiquait qu'elle souhaitait mettre en lumière des histoires de populations sous-représentées. Au moment de décider de lui donner une chance, son travail a suscité des interrogations sur sa véracité.
Lorsque j'ai contacté des professionnels qu'elle prétendait avoir interrogés, tous ont nié l'avoir jamais rencontrée. Cette situation a révélé des phrases répétitives caractéristiques d’un texte généré par une IA, me laissant perplexe quant à la réelle intention de Goldiee.
Les limites de l'authenticité
Victoria continuait à mentir sur ses écrits et ses sources, imitant la voix d'une journaliste pour conserver l'illusion. Les médias, déjà saturés et pressés, se sont retrouvés exposés à cette fraude grâce à des procédures de vérification de moins en moins strictes. Aujourd'hui, chaque jour, des journalistes de toutes parts doivent faire face aux conséquences de la désinformation, qu'elle soit intentionnelle ou non.
Finalement, la plupart des articles de Victoria Goldiee ont été retirés, laissant derrière eux une traîne de citations inventées et de faux témoignages. Le rédacteur en chef du Journal of the Law Society of Scotland a même publié des excuses, confirmant que les citations étaient probablement fictives.
Conclusion
Victoria Goldiee incarne un phénomène de notre ère numérique, où l'authenticité est mise à rude épreuve. Alors que nous naviguons dans un océan de contenus en ligne, il devient essentiel de questionner l'origine des voix que nous entendons. L'époque moderne exige un discernement sans précédent face à cette vague de manipulations médiatiques.







