Le moment de vérité se profile pour Emmanuel Moulin, ex-secrétaire général de l'Élysée, dont la nomination au poste de gouverneur de la Banque de France sera examinée par le parlement. Auditionné mercredi par les commissions des Finances du Sénat et de l'Assemblée, ce haut fonctionnaire de 57 ans, a fait ses preuves sous les présidences Sarkozy et Macron.
L'audition débutera à 09H00 au Sénat et se poursuivra à 11H00 à l'Assemblée, suivie d'un vote à bulletin secret de 121 commissaires. La procedure électorale garde ses enjeux, car une majorité de trois cinquièmes de suffrages défavorables risquerait de bloquer sa nomination.
Proposé par le président de la République pour succéder à François Villeroy de Galhau, dont le départ est prévu pour début juin, la nomination de Moulin est source d'incertitude, surtout après les critiques de nombreux partis politiques. En effet, après des nominations jugées discutables de figures proches d’Emmanuel Macron, comme Richard Ferrand et Amélie de Montchalin, le vent du scepticisme souffle fort.
Les socialistes ont déjà annoncé leur intention de s'opposer, arguant que Moulin n'offre pas les garanties d'indépendance nécessaires pour un banquier central. Philippe Brun, député PS, a déclaré : "Sa nomination ne serait pas en phase avec l'indépendance politique requise pour ce rôle crucial." De plus, des sénateurs PS ont exprimé un fort soutien aux opposants de cette nomination.
Le climat politique est tel que La France Insoumise (LFI) et le Rassemblement National (RN) ont également annoncé leur intention de voter contre sa nomination. Eric Coquerel, président de la commission des Finances LFI, a exhorté le parlement à "ne pas se laisser piétiner" et à rejeter Moulin.
La clé du vote pourrait néanmoins résider chez Les Républicains (LR) où les voix semblent davantage favorables. D'après des membres influents de la droite, un soutien à Moulin est probable. Une hypothèse à creuser : un accord secret entre le Sénat et l'Élysée, lié à une possible nomination de François-Noël Buffet comme Défenseur des droits, court à travers les couloirs parlementaires.
Des révélations du journal Mediapart ont encore ressenti des doutes autour de sa nomination. Selon diverses sources, la direction de la Banque de France aurait demandé des notes de préparation pour ses auditions, une pratique dénoncée par certains agents, selon des témoignages cités par le journal. Toutefois, la Banque de France, par la voix de M. Villeroy de Galhau, a contredit toute accusation d'intervention politique dans le processus.
Roland Lescure, ministre de l'Économie, a fermement défendu Moulin, le qualifiant d'"extrêmement compétent" et réfutant toute idée de "recasage". Avec un parcours impressionnant au sein de l'administration, Moulin a excellé à travers divers rôles dont celui de directeur du Trésor. Entre expériences passées au ministère de l'Économie et au cabinet de l'Élysée, il a su s'imposer comme un acteur clé.
Reste à voir si Emmanuel Moulin parviendra à convaincre le parlement de lui confier les rênes de la Banque de France, dans une période où l’indépendance des institutions est plus que jamais cruciale.







