Le Parlement indonésien a récemment franchi une étape majeure, adoptant une loi qui lui confère un nouveau rôle de supervision sur la banque centrale. Cette décision intervient alors que la roupie indonésienne a dépassé le seuil "psychologique" des 18 000 roupies pour un dollar, atteignant un taux de 18 028 roupies jeudi matin.
Cette modification législative, bien que nécessaire pour renforcer la surveillance économique, soulève des préoccupations quant à l'indépendance de la banque centrale. Le texte élargit son rôle, intégrant des responsabilités concernant la croissance économique, tout en permettant au Parlement d'évaluer les performances de cette institution essentielle. Le ministre des Finances, Purbaya Yudhi Sadewa, a justifié ce changement par la nécessité de soutenir la croissance économique et de renforcer la compétitivité face à l'envolée des prix du pétrole, en précisant : "Il ne s'agit pas seulement de la stabilité du taux de change ou de l'inflation, mais également de la création d'emplois et de la croissance économique".
Avec cette nouvelle législation, le Parlement est désormais chargé d'examiner les performances de la banque centrale, ainsi que celles de la Société indonésienne d'assurance des dépôts (LPS) et de l'Autorité des services financiers (OJK). De plus, ces institutions devront se conformer aux recommandations du Parlement.
Cette rentrée économique difficile est révélée par la dépréciation de plus de 7 % de la roupie cette année, faisant d'elle l'une des devises les moins performantes d'Asie, selon Bloomberg News. "Cette chute crée des inégalités, un fossé croissant entre les ceux qui gagnent en dollars et ceux qui dépendent de la roupie", a déclaré Diana Murdiana, une retraitée de Jakarta. Ryandi Febri Nurcahyo, un fonctionnaire de 35 ans, souligne également l'impact néfaste sur les classes sociales les plus vulnérables : "La baisse de la roupie affecte surtout les personnes à faibles revenus".
Josua Pardede, économiste en chef de Permata Bank, a précisé qu'un taux de change sous les 18 000 roupies pour un dollar représente un seuil psychologique critique. Cet affaiblissement est alimenté par une demande accrue de dollars due à l’augmentation des prix du pétrole et à une diminution de l'excédent commercial. L'Indonésie, dépendante des importations de pétrole, subit des pressions économiques intensifiées par des coûts énergétiques croissants, avant même que le gouvernement ne décide de maintenir les prix subventionnés.
En effet, l'excédent commercial du pays a chuté à seulement 89 millions de dollars en avril, une baisse spectaculaire par rapport aux 3,3 milliards de dollars du mois précédent. Josua Pardede ajoute : "La diminution de l'offre de dollars découle de cette baisse des exportations, et les besoins en devises pour les importations continuent d'augmenter". De plus, la hausse du taux directeur décidée par la banque centrale ne suffit pas à contrer la dépréciation de la roupie, et les nouvelles règles concernant les achats de dollars visent à contrôler ce flux monétaire, mais semblent limitées dans leur efficacité.
Teuku Riefky, économiste à l'Université d'Indonésie, pointe également du doigt les programmes populistes coûteux, tels que les repas scolaires gratuits, qui aggravent la situation économique. Si la situation perdure, il avertit d'une inflation persistante imputable à l'augmentation des coûts de production et des matières premières.
En conclusion, la baisse continue de la roupie et les nouvelles politiques économiques suscitent des préoccupations croissantes parmi les investisseurs. La récente annonce du président Prabowo Subianto d'un renforcement des contrôles à l'exportation des matières premières ne fait qu'ajouter à cette incertitude. La bourse de Jakarta, quant à elle, a subi une chute de près de 4% jeudi matin, illustrant bien cette inquiétude ambiante.







