Alors que les centres de données se multiplient pour accompagner la croissance des technologies de l'intelligence artificielle, leur présence suscite de plus en plus de réprobation. En France, par exemple, l'implantation du plus grand data center d'Europe à Fouju, un village de seulement 650 âmes, ne plaît pas à tous. Loin de s'arrêter là, la récente controverse à Taylor, au Texas, ajoute une nouvelle dimension à ce débat.
Une parcelle de 87 hectares initialement destinée à devenir un parc a été vendue pour 10 millions de dollars à un promoteur spécialisé. Ce changement de projet a mis en lumière les inquiétudes des habitants, dont nombreux ne comprennent pas les tenants et aboutissants d'un data center. La journaliste du site 404média a récemment rapporté ce revirement incompréhensible pour les habitants.
10 millions de dollars de revente
Cette parcelle avait été cédée en 1999 par la famille Bland à une fondation publique pour la modique somme de 10 dollars, avec l'engagement qu'elle soit transformée en espace vert. En 2025, après différents transferts, ce terrain a été acquis par Blueprint, un promoteur de data centers, où un complexe de 12.500 m² est prévu.
Parmi les critiques, Pamela Griffin, riveraine, partage une triste réalité. Pour elle, cet espace n'était pas seulement un simple bout de terre, mais un lieu d’enfance, où elle et ses enfants ont joué. L'absence de communication claire sur le projet de data center et son impact a suscité de vives inquiétudes. "Quand on m'a parlé d'un centre de données, je ne savais même pas ce que c'était. Les répercussions étaient floues," se souvient-elle.
"Nous ne sommes pas contre tous les data centers, mais pas ceux de cette ampleur. Notre communauté mérite mieux," souligne Jean-François Dupont, membre de France Nature Environnement.
Aux États-Unis, une récente enquête menée par Public First indique que seulement 26 % des Américains soutiennent l’augmentation des centres de données, contre des taux plus élevés au Nigeria (74 %) et en Inde (65 %).
En dépit des inquiétudes, la municipalité défend le projet, arguant qu'il respecte les normes d’urbanisme en vigueur et qu'il apportera des retombées fiscales conséquentes, estimées à 30 millions de dollars sur la prochaine décennie, minimise les nuisances à travers des mesures de contrôle au bruit et consommation d'eau.
"En bref, non"
Malgré cela, la ville de Taylor précise qu'elle ne peut pas s'opposer à l'implantation de data centers. Sur son site, elle avoue :
"Les villes du Texas ne peuvent pas exclure les centres de données de leur territoire."
Pamela Griffin et sa famille ont donc décidé d'intenter une action en justice afin d'exiger le respect des volontés stipulées lors de la donation originale. Après une analyse approfondie des actes de propriété, leur avocat estime que des arguments juridiques sérieux pourraient soutenir leur cause. Cependant, les efforts pour suspendre le projet semblent vains, avec le géant Blueprint qui a contesté cette action par l'intermédiaire du juge local.
Pour les riverains, ces tensions dépassent le cadre du seul data center. Elles révèlent des enjeux plus profonds liés à la préservation des engagements contractuels et de la santé des communautés face aux pressions économiques. "Nous n’agissons pas pour des gains financiers, mais pour préserver notre droit à un espace de vie sain et accessible," conclut Pamela Griffin.
Malheureusement, il semble que le parc tant espéré pourrait ne jamais exister.







