Ignorant les interpellations du tribunal, les prévenus du procès du réseau de narcotrafic connu sous le nom de Yoda font face à un climat de peur palpable. Les débats, ouverts lundi dernier à Marseille, sont minés par un silence obstiné, les accusés refusant de coopérer, citant le risque de représailles comme motif. Ce réseau, un des plus notoires dans les quartiers nord de Marseille, est actuellement en déclin, ayant connu de nombreux décès dans une récente guerre de gangs contre la DZ Mafia, qui a fait au moins 35 victimes et de nombreux blessés cette année.
Au tribunal, la présidente tente de rappeler les concernés à l'ordre, leur proposant la possibilité d'invoquer leur droit de ne pas répondre. Pourtant, des phrases telles que « Je sais pas » ou « Jamais vu » résonnent comme un leitmotiv. Parmi eux, Félix Bingui, arrêté au Maroc mi-2024 et suspecté d'avoir dirigé un point de deal important, nie fermement toute implication, ne reconnaissant que des relations superficielles.
Des témoignages évoquent un climat d'intimidation. Farid M. raconte avoir été menacé pendant sa détention, tandis que Nassim O., qui réside à l'extérieur de Marseille, refuse de fournir des détails sur ses contacts téléphoniques, craignant pour sa sécurité. Même les avocats des défenses admettent que cette peur des représailles complique les affaires judiciaires, un magistrat soulignant que « dans ce genre de dossier, la menace peut être réelle ».
Les prévenus, comme Mohamed M., se montrent quant à eux plus enjoués, affirmant être prêts à assister la justice, mais précisent qu'ils désirent se préserver eux et leurs familles : « J’ai peur des représailles, j’ai des filles », raconte-t-il en souriant, conscient de l'absurdité de sa situation.
D'autres, comme Nouar C., sont acculés, pointant des violences subies par leur famille comme preuves tangibles de la menace qui pèse sur eux. L'utilisation de fausses identités sur les réseaux sociaux, comme Telegram, pour salir leur réputation est un phénomène de plus en plus courant, intensifiant leur angoisse.
Ce procès, qui se déroule sous haute surveillance avec des prévenus escortés par des agents armés, entraîne des réactions variées, même chez les citoyens ordinaires. Ils jugent que ce type de comparution publique n'est pas adapté, craignant de possibles règlements de comptes à la suite de l'affaire.







