La troisième journée du procès concernant les décharges sauvages de Nestlé Waters a été complexe et marquée par des échanges houleux entre la défense et les parties civiles, en particulier au sujet des analyses de microplastiques menées par la multinationale. Au tribunal judiciaire de Nancy, chaque audience apporte son lot de surprises. Après l'invalidation des analyses soumises par le parquet et un refus de continuer le procès sans analyses complémentaires demandées par les parties civiles, la session de ce mercredi 25 mars a été marquée par une suspension d'audience.
Cette interruption a été déclenchée par la publication d'un article de Médiapart, révélant qu'une note confidentielle de Nestlé en 2019, admettant la présence de microplastiques dans l'eau, n'avait pas été divulguée aux enquêteurs. Après un moment de flottement, le procès a repris.
« On n'a rien à cacher ! »
Trois membres de l'équipe dirigeante de Nestlé ont été interrogés durant près de six heures, dont le directeur de laboratoire central, qui a souligné que « ces particules sont ubiquitaires, elles sont partout dans la nature ». Selon lui, mesurer ces microparticules est complexe, car il est difficile de disposer d'échantillons témoins purs. Il a précisé que les résultats des analyses de l'eau effectuées par Nestlé ne pouvaient pas avoir été falsifiés grâce au « processus d’accréditation » des laboratoires. « La procédure est entièrement enregistrée. On n'a rien à cacher ! » a-t-il affirmé.
En revanche, Maître Florence Dole, avocate d'associations environnementales, a rétorqué qu'aucun expert indépendant n'était présent pour contredire les affirmations de Nestlé, ce qui soulève des questions de transparence.
François Zind, avocat des parties civiles, a également exprimé ses doutes en rappelant un incident où Nestlé a annoncé une quantité de microplastiques dans ses bouteilles qui s'est avérée bien inférieure à la réalité. « Ils ont menti devant un officier de police judiciaire pour dire que dans leur bouteille, il n’y avait que huit microplastiques, alors qu’on en a trouvé jusqu’à 106. Ce n’est pas anodin », a-t-il déclaré.
D’autres polluants détectés
Marc Collas, chef de service à l'Office français de la biodiversité, a souligné que réduire les enjeux des décharges aux microplastiques serait une erreur. Son enquête a révélé la présence de métaux lourds et d'autres polluants aux sites des décharges. Le tribunal a questionné l’impact potentiel sur la faune et la flore, à quoi Collas a répondu que les moyens judiciaires étaient limités pour approfondir les investigations.
Il a également noté que la DREAL (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) n'avait pas été informée de cette affaire, malgré leur rôle crucial dans la gestion future de ces décharges. L’inaction serait désastreuse tant pour l'environnement que pour la santé publique.







