Bien que leurs opinions divergent, les représentants du Rassemblement National (RN) et des Républicains (LR) partagent une même inquiétude : les 36 milliards d'euros annoncés par le gouvernement pour revitaliser les forces armées françaises sont insuffisants. Ces fonds, prévus pour la période 2024-2030, font déjà l'objet de critiques.
« Cette mise à jour de la loi de programmation militaire n'est qu'une façade, un plan de communication du président », déclare Laurent Jacobelli, député RN et porte-parole sur les questions de défense, lors d'une conférence de presse. Il estime que la trajectoire budgétaire récemment présentée par la ministre des Armées, Catherine Vautrin, ne répond pas aux enjeux actuels.
Les 36 milliards d'euros supplémentaires doivent certes être validés par le Parlement, mais Jacobelli insiste sur le fait qu'ils ne permettent pas de répondre aux besoins militaires, qui sont estimés à environ 100 milliards d'euros par an selon Sébastien Lecornu. D'après lui, cette augmentation ne doublera le budget annuel qu'à partir de 2027, atteignant seulement 76,3 milliards en 2030, ce qui demeure en deçà des véritables nécessités.
Un autre expert, Franck Giletti, député du Var et spécialiste des armées, partage cette préoccupation. Il souligne qu'il existe de nombreuses sources d'économies que le gouvernement pourrait exploiter, comme la réduction des dépenses sociales superflues ou la contribution française aux budgets européens, qui pourrait atteindre 4 milliards en 2028. Giletti milite également pour le renforcement des capacités militaires, notamment la protection des satellites, le renouvellement des hélicoptères d’attaque et l'acquisition de nouveaux Rafale.
Des besoins militaires sous-estimés
Les représentants LR en Commission de défense ne voient pas la situation différemment. « Cette actualisation est bienvenue, mais elle doit garantir la cohérence des effectifs », affirme Jean-Louis Thiériot, ancien ministre délégué aux Armées. « Chaque escadron de chars devrait avoir son propre réservoir de carburant, au lieu de partager un unique réservoir par régiment. »
Thiériot déplore également que 450 milliards d'euros, le montant initial soutenu par les LR, ne soit atteint qu'en 2030, alors que la majorité gouvernementale avait proposé 413 milliards. Il appelle à une réévaluation du budget des Armées, qui devrait dépasser le seuil de 2,5% du PIB, encore loin des 3% observés durant la Guerre froide.
Ce climat d'insatisfaction est nourri par des manques constatés au sein des forces terrestres, que Thiériot évalue à l'équivalent de 10 régiments, nécessaires pour assurer une capacité opérationnelle complète. Les besoins en avions de chasse et en frégates sont également pressants.
Malgré des divergences idéologiques, tant les experts RN que LR s'accordent sur la nécessité d'augmenter le budget militaire pour aligner la France avec les attentes contemporaines du domaine de la défense. Toutefois, Jacobelli reste sceptique quant aux programmes européens, craignant qu'ils ne favorisent des concurrents étrangers. Il priorise ainsi le soutien à l'industrie nationale de défense tout en se montrant ouvert à des partenariats judicieusement choisis.







