À mi-juin, les électeurs suisses seront appelés à se prononcer sur une initiative émanant de la droite radicale, l'Union démocratique du centre (UDC), visant à limiter la population suisse à 10 millions d'habitants afin de freiner l'immigration. Ce projet, intitulé « Non à une Suisse à 10 millions d’habitants », divise profondément l'opinion publique dans le pays alpin.
Les partisans de l'initiative, soutenus par des membres de l'UDC, avancent que la Suisse, actuellement peuplée de 9,1 millions d’habitants, souffre des effets d'une « immigration de masse » jugée pesante. Ils évoquent des problèmes tels que la pénurie de logements, la hausse des loyers, et une saturation des services publics. La plupart des partis politiques, cependant, soutiennent que cette initiative est déplacée et préjudiciable.
Un risque pour les accords avec l'UE
Le texte de l'initiative stipule que si la population atteint 9,5 millions d'habitants avant 2050, des mesures devraient être prises concernant l'asile et le regroupement familial. De plus, si la limite était dépassée, la Suisse devrait mettre fin à l'accord sur la libre circulation avec l'Union européenne, une perspective inquiétante selon de nombreux experts. Le Conseil fédéral suisse met en garde : une rupture des accords bilatéraux pourrait remettre en question la participation de la Suisse à Schengen et Dublin, entraînant des conséquences néfastes pour la coopération en matière d'asile et de sécurité.
Un point de vue controversé
Des responsables politiques, y compris Cyril Aellen, vice-président du Parti des libéraux radicaux, expriment leur inquiétude face aux effets déstabilisateurs que cette initiative pourrait engendrer. « Il est irresponsable de considérer la fin de la libre circulation comme une solution simple, » souligne-t-il. Selon Aellen, les conséquences d'un ralentissement démographique pourraient notamment nuire au système de retraite et engendrer une hausse significative des coûts de la vie.
Le climat politique est tel que les avis sont profondément partagés, mettant en lumière la divergence entre les régions, avec une Suisse alémanique généralement plus favorable aux restrictions migratoires par rapport à la Suisse romande, plus europhile.
Conséquences économiques
Une étude récente de l'Université de Genève avertit que la réduction de la population active pourrait avoir de graves répercussions économiques, surtout dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Les secteurs comme l'hôtellerie, la construction, et les activités administratives dépendent fortement de la main-d'œuvre étrangère et pourraient faire face à des défis majeurs si cette limitation de la population se concrétisait.
Cette initiative n'est pas la première de l'UDC, qui avait déjà proposé des restrictions sur d'autres fronts, comme l'interdiction des minarets ou l'instauration de quotas pour les migrants. Le débat autour de cette proposition actuelle met également en exergue un fossé traditionnel, le « Rösti-Graben », qui illustre les clivages entre les différentes régions linguistiques et culturelles de la Suisse.







