Alors que l'enquête sur la mort du ministre Robert Boulin pourrait bientôt être transférée au pôle "cold cases" de la justice, sa fille, Fabienne Boulin, exhorte les autorités à agir rapidement pour ne pas perdre l'essentiel des témoignages restants. Elle réclame également l'intervention d'Emmanuel Macron pour déclassifier certaines archives du ministère de l’Intérieur et obtenir des documents détenus par la CIA.
Fabienne Boulin s'est exprimée avec émotion en ces termes : "Je ne suis pas seulement la fille de Robert Boulin, je suis aussi une citoyenne. En tant que gaulliste, je ne peux accepter que la justice française soit remise en question par une affaire aussi tragique". Son intervention a eu lieu le mardi 21 avril au cabinet de son avocat Me Didier Seban à Paris, où elle a partagé tant sa colère que son optimisme malgré un dossier aux arcanes obscures.
Depuis la découverte du corps de son père dans un étang de Rambouillet le 30 octobre 1979, Fabienne Boulin lutte pour établir que son père ne s'est pas suicidé, contrairement à la première conclusion judiciaire. Cette enquête initiale n’a jamais satisfait la famille qui soupçonne un assassinat, probablement orchestré par des adversaires politiques au sein même de son entourage.
« La dernière chance »
La première enquête, ponctuée d'erreurs et de manquements, a paru particulièrement incompréhensible au regard de l'importance de la personnalité politique qu'était Robert Boulin. Une nouvelle information judiciaire ouverte en 2015 à Versailles, pour "séquestration suivie de mort ou d’assassinat", n'a guère progressé, jusqu’à l’arrivée d'un témoin clé, décédé récemment, qui avait mis en cause le Service d’action civique (SAC), une organisation politique influente à l’époque. Me Seban a souligné : "Les derniers témoins disparaissent, les preuves sont perdues. Nous devons clore ce dossier dans les 18 mois qui viennent."
"On est dans une véritable course contre la montre" - Me Didier Seban
Fabienne Boulin espère pouvoir entendre d'autres témoins, dont Jean-Louis Rizza, un ancien criminel qui affirme avoir eu vent d'un contrat sur la tête de son père. Mais les archives de l’État demeurent inaccessibles, ce qui a conduit à des appels à l’intervention présidentielle.
Des informations pourraient également émerger des archives de la CIA, qui détient un dossier que la famille Boulin tente de récupérer depuis des années. "En 2016, on m'a confirmé l'existence de ce dossier, mais les documents transmis étaient largement expurgés", a déploré Fabienne Boulin lors de sa déclaration.
« On peut voir des choses »
Pour Fabienne, une nouvelle autopsie est cruciale. La première avait négligé certains éléments essentiels. Des expertises récentes pourraient révéler des détails que l'on ignorait auparavant, comme la présence de microalgues dans les poumons, qui pourraient établir les circonstances réelles de la mort de son père. Me Seban a ainsi appelé à une nouvelle analyse : "Aujourd'hui, les techniques sont bien plus avancées. Nous avons la possibilité d'éclaircir des zones encore obscures."
Cela fait maintenant 47 ans que l'affaire Boulin jette une ombre sur la scène politique française, symbolisant une quête de vérité inachevée. Fabienne déclare avec détermination : "Mon père me répétait : il ne faut pas laisser les salauds gagner." Cela montre le combat continu d'une fille pour le nom et l'héritage de son père.







