En 2014, lorsque Patrick Becker a pris la décision de se présenter pour la mairie de Kuntzig, en Moselle, sa femme Valérie a ressenti un mélange de prémonition et d’inquiétude. Elle connaissait son engagement, mais s’inquiétait de l'absence que cela occasionnerait au sein de leur foyer. En effet, ses journées se prolongeaient de 6 heures à 22 heures, en jonglant entre son rôle d'inspecteur et celui de maire, laissant Valérie seule pour le dîner et le coucher.
En 2020, face à ce rythme soutenu, elle a essayé de convaincre Patrick de ne pas se représenter. "Je souffrais énormément, j’avais besoin qu’il comprenne que c’était trop pour moi," confie-t-elle. Malheureusement, c’était peine perdue. Quelques mois plus tard, elle a même envisagé le divorce, ressentant une profonde trahison face à son dévouement politique. Lucas Lam, sociologue à Sciences Po Paris, souligne que ces situations sont représentatives des défis que rencontrent les familles d'élus, où les responsabilités s'accumulent au détriment des liens familiaux.
Une vie 24 heures sur 24 tournée vers la mairie
Jeanne Dayot se rappelle très bien des changements survenus lorsque son père est devenu maire de Mont-de-Marsan en 2017. "Cela a transformé notre quotidien : c’était du sept jours sur sept, 24 heures sur 24," raconte-t-elle. Ce revirement a été palpable jusqu'à des appels tard dans la nuit, comme lors d’un incendie. La vie familiale s’en est vue profondément impactée.
Valérie Becker partage une expérience similaire. "Nous ne pouvons pas échapper à la mairie, tout le monde en parle au coin de la rue," déclare-t-elle. Même lors de simples promenades, les conversations tournent souvent autour des affaires de la commune. Cette attention constante peut même déboucher sur des requêtes inattendues, allant d'une hausse d’impôt à des soucis d'inondation, rendant la gestion de la vie personnelle encore plus complexe.
La routine familiale en constante adaptation
Dans le Val-d'Oise, Pierre, mari d'une maire, explique comment certaines obligations politiques l'obligent à s’organiser autrement. Récemment, il a dû changer ses plans pour prendre soin de ses enfants malades à cause d’une réunion tardive de sa femme. "C’est un défi de chaque semaine; une réunion imprévue peut rendre la logistique familiale très compliquée," précise-t-il. Les couples se doivent d’être flexibles, d’où l'importance d’une aide au domicile.
Fierté et appréhension : un équilibre fragile
Malgré ces difficultés, il demeure un sentiment de fierté. Solal, fils du maire de La Trinité, évoque avec enthousiasme la victoire électorale de son père, qui lui rappelle combien il est doux de voir un proche s’impliquer dans la société. "C'était incroyable de le voir gagner après avoir perdu en 2014, je me souviens de ma mère en larmes," raconte-t-il. Ce sentiment de fierté coexiste souvent avec l'appréhension liée à la nature exigeante de ce métier.
Jeanne revendique aussi ce paradoxe de fierté et de défis. Chaque mandat suppose une discussion en famille, car ces décisions pèsent lourd sur leur quotidien. Les Becker, eux, ont trouvé une forme de compromis, car Patrick s’apprête à se représenter en 2026, avec une retraite à la clé, allégeant ainsi la charge familiale. Une lueur d’espoir se dessine alors que le besoin d’un équilibre entre la vie publique et personnelle devient plus urgent pour chaque famille d’élu.







