Dans son appartement lumineux surplombant la place de la Sorbonne, avec un verre de whisky à la main, Michel Maffesoli évoque les chapitres marquants de sa vie, empreints de rires et de réflexions profondes. Comme le précise son premier tome de mémoires, Apologie, publié aux Éditions du Cerf, chaque objet dans son bureau a une histoire à raconter, de même qu'une vanité, un crâne humain posé sur un livre, qui pousse à la méditation sur l'existence et l'éphémère.
Dès son enfance dans les Cévennes, entre les cloches de l'église et les alertes de la mine, Maffesoli s'illustre par un rapport singulier à la vie. « Un jour, ma mère est venue au lycée avec un foulard sur la tête et m'a dit : 'Tu risques de ne plus voir ton papa.' Il était à l'hôpital après une grave blessure », confie-t-il. Cette expérience marquante a forgé sa devise : « Mon père tenait la pioche, je tiens le stylo. »
Une enfance cévenole marquante
La peur des mines était palpable pour Maffesoli, qui n'a jamais souhaité y descendre. « J'avais peur. Mon père aurait aimé que j’y aille... mais je me suis rendu compte que cette peur alimentait une joie de vivre, » raconte-t-il. Les célébrations de la Sainte-Barbe sont parmi ses souvenirs les plus vivants ; ces fêtes, d'une durée d'une semaine, apportaient une légèreté au village, renforçant l’idée que, malgré la présence constante de la mort, la vie regorgeait de réjouissances.
Reflets sur la postmodernité
Ses écrits les plus notables, tels que L’ombre de Dionysos et Le temps des tribus, dépeignent la complexité de la société contemporaine. « Nous sommes entrés dans l'ère de la postmodernité, mais nos intellectuels continuent de penser avec des concepts dépassés », s'amuse-t-il en critiquant ses pairs. Dès les années 1980, il identifie la fragmentation croissante de la société, préfigurant ce qu'il décrit comme l'archipélisation de la vie sociale.
Après avoir exprimé son mécontentement envers le mépris de l'élite parisienne lors de la présidence de Nicolas Sarkozy, il publie en 2011 un essai percutant, Sarkologies, pourquoi tant de haine ?, où il décrit l'ancien président comme un personnage ancré dans son temps. Maffesoli, fervent de bonnes tables, accueille souvent des personnalités influentes pour des dîners où le vin d'Alsace coule à flots, en rappelant à ses invités de « boivez ! » Puis, vers minuit, il se plonge à nouveau dans saint Thomas d’Aquin.
Apologie, de Michel Maffesoli, Les Éditions du Cerf, 325 pages, 24,90 €.







