Le premier procès majeur en France concernant des violences sexuelles dans le porno amateur va se tenir aux assises, comme l'ont confirmé les avocats de plusieurs parties civiles auprès de l'AFP. Cette décision, attendue, intervient dans le cadre de l'affaire liée à la plateforme pornographique French Bukkake.
L'été dernier, les juges d'instruction avaient recommandé que les accusés soient jugés par une cour criminelle. Cependant, une trentaine de victimes ont contesté ce choix, exigeant que les éléments de sexisme et de racisme soient reconnus comme des circonstances aggravantes concernant les viols dénoncés sur les tournages, réalisés entre 2015 et 2020.
La loi française stipule que pour des accusations de viol comprenant de telles aggravations, les accusés, au nombre de 16 – y compris le dirigeant de la plateforme fermée, son associé, un rabatteur présumé, et plusieurs acteurs – doivent comparaître devant une cour d'assises, avec la perspective de peines dépassant les vingt ans de réclusion.
La cour d'appel avait initialement refusé cette requête, mais cette décision a été annulée par la Cour de cassation, qui a ordonné un réexamen du dossier. Jeudi, la chambre de l'instruction a annoncé aux avocats qu'elle détaillerait dans les jours à venir les raisons de son renvoi aux assises.
Dans un arrêt de mai 2025, la Cour de cassation a estimé que la chambre d'instruction aurait dû prendre en compte les éléments sexistes et racistes liés aux viols. Elle a même affirmé que la chambre avait sous-estimé le caractère injurieux de certains termes visant les victimes en raison de leur sexe ou de leur ethnie présumée.
La plus haute juridiction a en outre indiqué que les tournages pornographiques doivent être considérés comme une forme de proxénétisme de la part des producteurs ayant tiré profit de cette activité.
Lorraine Questiaux, avocate représentant les parties civiles, s'est réjouie du renvoi aux assises, déclarant : "La dimension raciste et sexiste des viols n'est pas anecdotique. Elle révèle la haine au cœur des méthodes de l'industrie pornographique et illustre le contexte dans lequel ces crimes ont eu lieu." Elle a été rejointe par Pierre-Alexandre Kopp, qui a affirmé que la cour d'assises représente un moyen plus efficace pour induire des changements sociétaux.







