Chef des 220 commandos parachutistes français, le commandant Benoît Valadier retrace l’histoire de l’unité élite de l’armée française dans son ouvrage publié par Mareuil Éditions.
Après de longues missions en Afghanistan et au Sahel, à 43 ans, Benoît Valadier révèle pour la première fois les coulisses du Groupement des commandos parachutistes (GCP). Ce livre offre une perspective historique sur cette unité, souvent en première ligne des opérations militaires, parfois derrière les lignes ennemies.
À l'heure où les conflits modernes se livrent principalement par drones et missiles, la guerre en parachute ne semble-t-elle pas désuète ?
Bien que les avancées technologiques laissent penser cela, rien ne remplace un soldat au sol pour des missions spécifiques comme neutraliser une sentinelle ou capturer un poste de commandement. Face à la montée de la complexité des combats, un retour aux fondamentaux semble même essentiel. Ce paradoxe entre low-tech et high-tech est évident : des commandos capables de naviguer sans GPS et de se battre au corps-à-corps sont souvent ceux qui font la différence lorsque la technologie atteint ses limites.
Le dogme du saut à haute altitude est-il encore pertinent face à des techniques de saut plus risquées ?
Il existe en effet deux approches : le saut à très haute altitude ou à basse altitude. Le premier permet de s’affranchir des défenses ennemies, tandis que le deuxième, bien que risqué, permet de voler sous la couverture radar, offrant ainsi des possibilités d'infiltration uniques.
« Nous fuyons les mythomanes et les têtes brûlées avides de sensations fortes »
Quelles sont les spécificités du GCP par rapport aux autres unités ?
Aucune autre unité en Europe n’est aussi complète que le GCP. Une fois au sol, nous exécutons diverses missions d'attaque, de capture ou de renseignement. Les Pathfinders britanniques sont souvent cités, mais ils admirent notre capacité unique à réaliser des sauts opérationnels, éprouvés lors de notre engagement au Mali.
Tous les soldats peuvent-ils être sélectionnés comme commando ?
Seules 10 à 15 % des candidats sélectionnés parmi les 10 000 parachutistes en activité réussissent à devenir commandos, après des tests rigoureux, tant physiques que psychologiques. Nous recherchons des individus équilibrés, capables de prendre des décisions critiques sur le terrain, même dans des situations d'isolement.
L'expérience des vétérans est toujours marquante, notamment celle de l’opération Turquoise au Rwanda ?
Les traumatismes issus de missions comme celles-ci sont profonds. L’odeur de mort et la violence sont ancrées dans la mémoire des anciens, impactant leur vie encore aujourd'hui. Il est donc crucial de comprendre que ces expériences façonnent notre réputation et nos méthodes de travail.
En quoi la décennie passée au Sahel a-t-elle été formatrice pour les GCP ?
Nous avons eu l’opportunité d’appliquer de nombreuses techniques d’entraînement en conditions réelles, comme les sauts opérationnels. Cette période a vraiment testé et affiné nos compétences.
Les commandos font-ils face à un code d’honneur lors de leur insertion en parachute ?
Il est vrai que tirer sur un parachutiste en plein vol reste un tabou, mais des incidents tragiques ont eu lieu au cours de l’histoire. C'est pourquoi nous optons souvent pour des sauts nocturnes, en cachant nos parachutes pour assurer la sécurité de notre insertion.
Avec l'évolution du matériel, portez-vous toujours des charges lourdes ?
Bien qu’il y ait eu des avancées technologiques, la vérité est que les GCP portent souvent des charges encore plus lourdes, rendant les sauts encore plus difficiles. La chute est souvent un soulagement après avoir attendu allongés dans l'appareil, sanglés avec nos équipements.







