"Au Portugal, certaines traditions perdurent : elles traversent les années, les échecs, et même les débats interminables sur le football,” rapportent les pages du Correio da Manhã. “D'autres émergent presque sans qu'on s'en rende compte, se transformant en rituels, superstitions et légendes qui deviennent des vérités.”

C’est le cas pour le bacalhau, emblématique de la culture portugaise et de ses croyances. Selon des récits, “au cours de l'épopée d'Eusébio en 1966, la morue était au menu de tous les matchs, excepté la demi-finale perdue face à l'Angleterre.” Ce simple plat a ainsi acté sa légende dans le cœur des supporters.

150 kilos de morue dans les bagages

De nombreuses histoires, parfois douteuses, alimentent cette mythologie culinaire. Pendant l'Euro 2004, le gardien Ricardo aurait dégusté du bacalhau avant le quart de finale mémorable face à l'Angleterre, et Éder aurait fait de même avant la finale de 2016. Peu importe la véracité, dans le football portugais, croyances et tactiques entretiennent un lien indéfectible.

L’ancien entraîneur de la sélection, Luís Lavrador, a d’ailleurs vu Cristiano Ronaldo se précipiter vers la table pour un bacalhau à Brás, un plat à base de morue, pommes de terre et œufs, que partage également son ancien coéquipier Quaresma. Pendant l'Euro 2021, la Fédération portugaise de football a même apporté près de 150 kilos de bacalhau et plusieurs bouteilles d'huile d'olive pour les joueurs et le staff.

“La morue est profondément ancrée dans la mémoire collective portugaise,” analyse le Correio da Manhã.

“Dans un pays où football et gastronomie occupent des places quasi sacrées, il n'est pas surprenant que leurs destins soient entrelacés par la superstition.”

Du “fidèle ami” à une opération marketing

Avant son association au football, cette morue du grand Atlantique accompagnait déjà le Portugal durant les Grandes Découvertes. Préparée en salé et en séché pour survivre aux longs voyages, elle est devenue un symbole de la gastronomie portugaise.

Le bacalhau, surnommé le “fiel amigo” ou fidèle compagnon, se retrouve souvent sur les tables portugaises, en particulier durant les fêtes de Noël, où il est généralement servie avec des pommes de terre et des choux. Il existe même “365 façons de préparer le bacalhau”, une pour chaque jour de l'année, allant des classiques comme bacalhau à Brás aux fameux pastéis de bacalhau.

Preuve de la résilience de cette superstition, le quotidien Record a récemment rapporté que Continente, une chaîne de supermarchés, a lancé le “bacalhau da sorte” ou “morue porte-bonheur”, incitant les supporters à déguster ce plat avant les matchs de la Coupe du Monde 2026. Le premier affrontement se tiendra le 17 juin face à la République Démocratique du Congo.