"Je suis en droit de me poser des questions", déclare Guilaine Bernard, atteinte d'un cancer du pancréas depuis mai 2025, résidente de Haraucourt depuis 2008, un des villages touchés par cette pollution. Environ 2.000 habitants de la région ne peuvent plus consommer l'eau du robinet, contaminée par des PFAS, renommés pour leur persistance dans l'environnement et les problèmes de santé qu'ils engendrent.
La situation soulève de vives inquiétudes, comme le souligne Aurore Thiébaut, habitante de Malandry depuis 18 ans : "Deux de mes enfants ont subi des opérations des reins. Est-ce lié ? À l’hôpital, on nous demande même ce que sont les PFAS." Ces produits chimiques, accumulés dans le corps humain et liés à divers cancers, sont présents dans l'eau, possiblement à cause de l'épandage de boues polluées d'une ancienne papeterie de Stenay.
Exemple de biomonitoring en Belgique
À 160 km de là, la commune belge de Chièvres fait face à une situation similaire, où les PFAS sont soupçonnés d'avoir contaminé leur eau potable. La Belgique a lancé une campagne de biomonitoring qui inclut des prélèvements pour 6.000 volontaires, tandis qu'en France, les demandes des élus pour des études épidémiologiques restent sans réponse. Les autorités sanitaires affirment ne pas recommander ces tests, citant des problèmes d'interprétation des résultats.
Un scandale de santé publique
La mère de famille, Sandrine Vagenende, critique vivement la situation : "C'est scandaleux. Les analyses coûtent en moyenne 68 euros, ce qui n'est pas à la portée de tout le monde." Quelques habitants ont malgré tout payé de leur poche pour ces tests, révélant des niveaux d'imprégnation jusqu'à 15 fois supérieurs aux seuils jugés préoccupants, comme indiqué dans une étude de 2022.
Face à cette situation, des pétitions et recours judiciaires pour demander une enquête épidémiologique ont été lancés par 400 habitants auprès du tribunal administratif. Toutefois, leur demande a été rejetée le 19 juin dernier.
Absence de suivi médical
Pour Xavier Coumoul, expert toxicologue, la diversité des PFAS présents rend toute enquête épidémiologique complexe. Un couple d'agriculteurs de la région a révélé des résultats alarmants lors de leurs tests sanguins, certains de leurs enfants affichant des niveaux de PFAS bien supérieurs à la moyenne citée dans des études. Malheureusement, aucun suivi médical n'est possible actuellement en France, laissant ces familles dans l'incertitude.







