Près de cinq décennies plus tard, Neauphle-le-Château conserve le souvenir d’un résident tout à fait atypique : l’ayatollah Khomeini, qui y a trouvé refuge pendant quatre mois avant de retourner à Téhéran pour renverser le chah d’Iran en 1979.
Cette commune paisible des Yvelines, peuplée de 3 300 âmes et distante de 5 000 kilomètres de Téhéran, a accueilli Khomeini après qu’il ait transité par la Turquie et l’Irak, où il avait été expulsé. Bernard Hourcade, chercheur au CNRS et spécialiste de l’Iran, précise : "La France était alors la seule option accessible sans visa pour un Iranien".
En France, l’ancien président Abolhassan Banisadr, lui propose un refuge dans le Val-de-Marne. Finalement, une confidente lui donne accès à un logement à Neauphle-le-Château, où Khomeini met en place, d'octobre 1978 à janvier 1979, les jalons de son retour au pouvoir.
André, un résident de 86 ans qui a vécu à proximité, se rappelle avec fraîcheur de ce voisin si particulier. "Un soir, à la télévision, ils annoncent qu’un ayatollah s’est installé ici. Dès le lendemain, les journalistes affluaient en masse!" témoigne cet ancien ingénieur, habitant du bourg depuis 1974.
André souligne le bouillonnement d’activité qu’a suscité ce séjour, avec un constant va-et-vient de jeunes Iraniens venus souvent d’Allemagne pour discuter avec Khomeini. "Il a orchestré toute la révolution iranienne depuis ce petit village".
Pour Alain Simonneau, 80 ans, qui a vécu ici à la fin des années 1970, cet épisode reste un "épiphénomène" local, bien qu'il fasse désormais partie intégrante de l'identité collective de la commune, même à son insu.
Michel, 87 ans, retient principalement les "contrôles policiers" et les "routes bloquées" autour du domicile de Khomeini. Bien qu’il affirme qu’ils n’ont pas été dérangés, les résidents voisins ont ressenti les effets de cette présence exceptionnelle.
Lydie Kadiri, résidente depuis 1999, conclut simplement : "Quand on parle de Neauphle-le-Château, Khomeini est inextricablement lié à notre histoire".
Aujourd'hui, peu de vestiges de cette époque subsistent. Le quartier général de Khomeini a été réduit en cendres lors d’une explosion en février 1980. André se souvient encore de ce soir dramatique : "Un bruit assourdissant, et tout s'est mis à trembler dans ma maison".
À l'endroit où Khomeini priait et recevait ses partisans, un panneau commémoratif a été détruit, laissant seulement des pèlerinages annuels pour rappeler sa mémoire le 1er février, date du retour de l’ayatollah en Iran, attirant entre 150 et 200 personnes chaque année.
À Téhéran, une rue porte désormais le nom de cette commune française, où se dresse également l’ambassade de France.







