Soja, la grande invasion, le documentaire diffusé dimanche 25 février sur France 5, souligne les dangers potentiels de ce qui était perçu comme un super-aliment. Troubles hormonaux, anti-nutriments, pollution de l'environnement… Le soja est désormais vivement critiqué par la communauté scientifique. Revenons sur cette controverse.
La méfiance envers le soja, autrefois plébiscité par les végétariens et les adeptes du bio, s’est intensifiée ces dix dernières années. Bien que cette plante soit nutriment riche et bénéfique pour des affections comme le cancer hormono-dépendant ou les troubles de la ménopause, plusieurs études recommandent de limiter sa consommation. Quels en sont les motifs ?
Les phyto-œstrogènes sous la loupe
Au cœur des préoccupations se trouvent les isoflavones du soja et de ses produits dérivés. Les sceptiques du soja mettent en avant ces phyto-œstrogènes, qui peuvent imiter l’effet des œstrogènes, hormones clés produites par les ovaires et les testicules.
La présence de ces hormones dans le soja soulève des inquiétudes concernant des désordres hormonaux, notamment chez les femmes, ainsi que chez les hommes, en lien avec la qualité du sperme. Des impacts comme le cancer du sein et des troubles de la thyroïde sont également évoqués. Des recherches rapportent même que certaines femmes subissent des modifications de leur cycle menstruel après avoir consommé du jus de soja. En outre, Catherine Benneteau, chercheuse en endocrinologie, souligne que la consommation de soja par les hommes pourrait également altérer la qualité du sperme.
Cependant, les défenseurs du soja rétorquent que son action hormonale est entre 1 000 et 10 000 fois inférieure à celle des œstrogènes naturels. De plus, ils rappellent que dans de nombreuses cultures asiatiques, ce produit est consommé sans effets indésirables notables, et des études épidémiologiques soutiennent son rôle préventif contre les cancers liés aux hormones.
Difficultés d'absorption des nutriments
Le soja est également critiqué pour sa teneur en acide phytique, présent dans d'autres légumineuses et graines. Selon la bionutritionniste Marion Kaplan, une consommation excessive peut entraver l'absorption de nutriments essentiels tels que le magnésium, le zinc et le calcium. Pour éviter cette toxicité, elle recommande de privilégier les formes fermentées de soja, comme le miso, tout en limitant les laits de soja et le tofu. D’un autre côté, certains experts estiment que les bienfaits des nutriments présents dans ces aliments compensent la perte d’assimilation.
L'impact environnemental de la culture du soja
L’impact écologique du soja ne doit pas être négligé. Ce produit exige une monoculture qui pousse les sols à l’épuisement et nuit à la biodiversité. De plus, le soja fait partie des cultures génétiquement modifiées (OGM) les plus répandues au monde. Pour une consommation responsable, il est conseillé de choisir du soja bio. Il convient de noter qu’un produit portant l’étiquette "sans OGM" peut contenir jusqu'à 0,9 % d'ingrédients OGM. Marion Kaplan met en garde : cette incertitude justifie une approche prudente vis-à-vis de sa consommation. Il est également difficile de suivre l’accumulation de soja dans notre alimentation, car il se cache parfois dans des produits inattendus comme les chocolats ou les laits infantiles, souvent sous forme de lécithine de soja ou de protéines dérivées.







