À Dacca, la capitale du Bangladesh, faire le plein est devenu un véritable parcours du combattant. Shamsuddin, 43 ans, témoigne de cette réalité accablante : après avoir attendu en ligne à minuit, il ne parviendra à remplir son réservoir qu'à l'aube. "J'étais affamé cette nuit. Heureusement, j'ai pu acheter du pain et des bananes à un vendeur de rue", confie-t-il, visiblement épuisé.
Il n’a pourtant pas le temps de se reposer, car un avocat l'attend pour une audience au tribunal. "Je vais être occupé toute la journée", ajoute-t-il, de manière résignée.
Près de deux mois après le début des tensions au Moyen-Orient, le Bangladesh reste menacé par une pénurie de carburant, qu’il importe à 95 % de pays tels que ceux du Golfe. Le gouvernement a adopté des mesures pour limiter la consommation, dont des rationnements et des hausses de prix, mais les efforts semblent vains et la situation reste problématique.
En plus de la pénurie de carburant, l'électricité et le diesel manquent cruellement, incitant les opérateurs de réseaux à s'inquiéter de possibles pannes de téléphonie et d'internet. Les usagers de la route subissent cette crise de plein fouet.
Malgré un cessez-le-feu précaire observé par certaines puissances, le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz, artère essentielle pour les tankers, demeure largement perturbé. Shariful Islam, au milieu des automobilistes et motards attendant leur tour, se moque : "On a vu des images de navires, mais ils ne flottaient que sur Facebook".
Les longues files d'attente devant les stations-service sont une réalité amère. "J'ai attendu trois heures, et juste quand je n'avais plus que sept motos devant moi, les pompes se sont arrêtées. Les cuves étaient vides", s’indigne-t-il.
Pourtant, le gouvernement et le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) persistent à affirmer qu'il n’y a pas de crise. "Les quantités d'essence livrées en mars sont identiques à celles de l'an dernier", déclare un dirigeant du BNP, Iqbal Hasan Mahmud.
D’un autre côté, des responsables du ministère de l'Énergie affirment que les réserves de pétrole couvrent deux mois de consommation. Mais Rafiqul Islam Jamal, un gérant de station-service, conteste : "Ce qui sort des dépôts n'est pas suffisant".
Les conséquences de cette crise se ressentent sur le quotidien de nombreux Bangladais. Farhana Zannat, mère de deux enfants, raconte avoir dû quémander son droit de passage pour se procurer quelques litres d'essence pour sa moto, indispensable pour faire conduire sa fille à un examen.
Les chauffeurs de motos-taxis, quant à eux, émergent particulièrement éprouvés. Mizanur Rahman, 40 ans, habituellement enchaînant jusqu'à 1 500 courses par jour, doit maintenant ralentir sa cadence. "Les jours où je dois faire le plein, cela me prend dix à douze heures, et je ne peux pas accepter de longues courses", se lamente-t-il, préoccupé par ses pertes financières.
Néanmoins, certains voient cette crise comme une opportunité. Mujahid Islam Tanim, de la plateforme de services Sheba XYZ, propose de livrer de l'essence directement aux clients, moyennant un coût modique.







