Les robotaxis autonomes, en plein essor aux États-Unis et en Chine, s'installent progressivement en Europe. Cette semaine, l'Union européenne devrait signer une déclaration d'intention pour amorcer les premiers tests, mais la France demeure encore fermée à cette innovation.
D'après l'Agence internationale de l'énergie (AIE), en mai dernier, le nombre de robotaxis a plus que doublé, atteignant 8.000 véhicules dans plus de vingt grandes villes américaines et chinoises. À l'inverse, l'Europe, à la traîne, commence à envisager des expérimentations.
La réglementation actuelle impose qu'un "conducteur de sécurité" soit présent à bord des véhicules, rappelant les débuts de ces technologies en Asie et aux États-Unis. Cependant, l'UE prévoit d’implémenter un "testbed", un cadre d'expérimentation simplifié, permettant aux entreprises d'éviter les lourdeurs administratives. Selon Anne-Marie Idrac, responsable de la stratégie sur les véhicules autonomes, cette avancée devrait être confirmée cette semaine.
Déjà, un premier essai a commencé à Zagreb, Croatie, où Pony.ai, en collaboration avec Uber, teste une dizaine de robotaxis. À Londres, trois entreprises, dont Waymo et Wayve, se préparent à débuter leurs tests cette année, tandis que des projets similaires émergent à Madrid avec WeRide.
Au niveau mondial, des entreprises comme Waymo et Apollo Go mènent la danse, avec des flottes impressionnantes de robotaxis. Les prévisions de l'AIE évoquent jusqu’à 3 millions de robotaxis d'ici 2035, mais avec une forte disparité entre les régions, où l'Europe pourrait rester largement en arrière.
Cependant, des obstacles persistent. L'expert en transports, Hervé de Tréglodé, insiste sur la nécessité d'adapter les politiques. Tandis que l'Europe prône des normes de sécurité rigoureuses, des villes comme Londres et Madrid semblent prêtes à assouplir ces règles afin de dynamiser le secteur. En revanche, la France reste encore hésitante, malgré un historique de 300 expérimentations infructueuses, principalement sur des services de navettes autonomes.
Il est essentiel d'instaurer une véritable stratégie pour l'avenir des véhicules autonomes en France, plaide Laurence Debrincat, directrice chez Ile-de-France Mobilités. Alors que les entreprises se concentrent sur la rentabilité en milieu urbain, une question essentielle se pose : comment équilibrer ces ambitions avec un déploiement équitable qui dessert aussi les zones rurales?
Thomas Matagne, fondateur d'Ecov, souligne les dilemmes à travers lesquels le secteur navigue. Faut-il laisser le marché décider ou impliquer le secteur public pour garantir un accès universel aux technologies de transports autonomes? L'avenir des robotaxis en Europe reste à redéfinir, et des décisions cruciales devront être prises pour rendre cette révolution accessible à tous.







