Comment l'UE peut-elle surmonter son énorme déficit commercial sans déclencher une escalade économique avec la Chine ? Alors que les dirigeants européens se réunissent à Bruxelles, la nécessité d'adopter une approche rigoureuse face à l'influence croissante de Pékin est plus pressante que jamais.
Les chefs d'État de l'Union, réunis jeudi et vendredi, examineront les différentes options disponibles pour renforcer leur arsenal économique. La France a récemment proposé de s'inspirer du modèle américain, connu sous le nom de "Section 301", qui permet la surtaxation stratégique de produits jugés nuisibles.
Emmanuel Macron, le président français, a affirmé la nécessité de mesures de défense, insistant sur le fait que l'Europe doit réagir lorsque sa souveraineté est menacée. Une approche qui commence à trouver un écho favorable même en Allemagne, où cautionner une telle initiative est habituellement une source de prudence. Un membre du gouvernement allemand a déclaré : "Nous restons ouverts à cette idée, mais il est crucial que les mesures proposées ne visent pas un pays en particulier."
Le sentiment de convergence entre Paris et Berlin sera également bien accueilli. Selon Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, la liste des griefs à l'encontre de Pékin est longue, incluant les subventions déloyales et un quasi-monopole sur des matières premières cruciales.
Le déficit commercial de l'UE avec la Chine, qui atteint plus d'un milliard d'euros par jour selon Eurostat, constitue une préoccupation majeure. Ce gouffre abysmal est partiellement attribué à des capacités de production excédentaires en Chine, largement soutenues par des subventions substantielles.
Les industries européennes, notamment dans les secteurs de l'automobile, de la chimie et de l'acier, s'inquiètent de cette concurrence déloyale. Bien que Pékin nie ces allégations, une étude de l'OCDE a révélé que les entreprises chinoises bénéficient d'un soutien public de 3 à 8 fois supérieur à celui de leurs concurrents en dehors de la Chine, une situation qui pourrait expliquer leur gain de parts de marché.
Cependant, l'Europe est consciente des enjeux d'une guerre commerciale ouverte, qui ne ferait que nuire à tous. Maros Sefcovic, commissaire européen au Commerce, a souligné qu'il est peu réaliste d'envisager un découplage économique total avec la Chine. Il a insisté sur l'importance de rétablir un équilibre dans les échanges.
Malgré quelques réticences parmi certains États membres, un diplomate a fait savoir que la majorité des pays de l'UE conviennent qu'il est nécessaire d'intensifier les efforts de protection du marché européen, même si des représailles de la Chine sont à prévoir. En réponse aux taxes imposées sur les voitures électriques, Pékin a déjà riposté en pénalisant des produits européens tels que le cognac et le porc.
La dépendance de l’UE vis-à-vis des terres rares et autres matières premières critiques en provenance de Chine constitue un autre défi. Des restrictions exportations imposées par Pékin l'année dernière ont servi d'alerte. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, a souligné à Evian l'importance de diversifier les approvisionnements tout en engageant des discussions avec la Chine pour inciter un changement de comportement.







