L'examen du projet de loi d'urgence agricole promet de faire des vagues au Sénat avec l'éventuelle réintroduction de certaines mesures controversées, notamment celles concernant les pesticides issues de la loi 'Duplomb'. Ce texte, récemment adopté par l'Assemblée nationale, sera scruté de près par la commission des Affaires économiques du Sénat avant son passage en séance plénière prévu le 29 juin.
Les sénateurs, bien que généralement favorables aux mesures clientélistes adressées aux agriculteurs, sont confrontés à une question sensible qui pourrait compliquer les affaires du gouvernement. En effet, les rapporteurs du texte, principalement issus des Républicains et de l'Union centriste, veulent introduire des dérogations pour réutiliser des insecticides, l'acétamipride et le flupyradifurone, tous deux interdits en France mais encore utilisés dans d'autres pays européens.
Ces dérogations, qui seraient strictement encadrées et limitées dans le temps, devraient également être soumises à l'examen de l'agence de sécurité sanitaire ANSES. Elles concerneraient seulement des filières en difficulté, telles que celles de la noisette ou de la betterave. Selon les auteurs de l'amendement, ces mesures pourraient représenter une bouée de sauvetage pour des exploitants agricoles en proie à une concurrence accrue, tant sur le plan européen qu'international.
Pourtant, l'ombre de la première loi 'Duplomb', partiellement censurée l'été dernier par le Conseil constitutionnel après d'intenses débats publics, plane toujours. Cette loi avait mobilisé des foules, avec une pétition recueillant plus de deux millions de signatures contre sa mise en œuvre.
La question des pesticides est particulièrement explosive sur le plan politique. La gauche s'oppose fermement à ces réintroductions, tandis que le camp macroniste se retrouve entre deux feux. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a déjà averti que la réintroduction de l'acétamipride, au sein de cette législation, pourrait alimenter des controverses susceptibles d'entraver l'adoption de la loi.
Au Sénat, la résistance à ces mesures est forte, avec des voix telles que celle du sénateur socialiste Jean-Claude Tissot qui a dénoncé l’« obstination » de la droite face aux clameurs émanant de la communauté scientifique et du public. Son discours auprès de l'AFP rappelle l'importance des milliers d'experts et des deux millions de signatures qui appellent à la prudence.
Les inquiétudes se prolongent également à l'Assemblée nationale, où la porte-parole du groupe MoDem, Perrine Goulet, souligne le risque de conflit provoqué par la réintroduction de l'acétamipride, qui pourrait compromettre l'intégralité du projet de loi. Le contexte actuel exige plus que jamais un dialogue constructif entre les différentes parties prenantes.







