Mardi, le Parlement européen a voté des amendements favorables au projet de l'euro numérique, qui pourrait voir le jour d'ici juin 2026. En tant que moyen de paiement numérique conçu pour rivaliser avec des géants comme Visa et MasterCard, cette initiative fait écho à des préoccupations croissantes en matière de souveraineté économique.
Cette nouvelle monnaie électronique, soutenue par la Banque centrale européenne (BCE) depuis 2020, ressemble à une version numérique des espèces, permettant des transactions dans les commerces, en ligne, et même entre particuliers, sans aucune traçabilité, selon les déclarations de Christine Lagarde.
Une alternative aux paiements traditionnels
Dans un contexte de tensions géopolitiques avec les États-Unis, l'euro numérique est présenté comme une solution pour éviter la dépendance envers les systèmes de paiement étrangers. Selon un rapport de la BCE, les utilisateurs ne devraient pas subir de surcoûts, et un pilote devrait être lancé en 2027, avec une mise en circulation prévue en 2029, sous réserve de l'adoption d'un cadre législatif approprié.
Lagarde a précisé que ce projet serait essentiel pour garantir l'autonomie de l'Europe face aux pressions extérieures. "L'euro numérique doit assurer que l'Europe ne dépend pas excessivement des acteurs non-européens dans ce domaine crucial pour notre économie", a-t-elle déclaré lors d'une audition au Parlement.
Des défis à relever
Malgré ces promesses, le projet reçoit des critiques, notamment sur la question de la confidentialité des paiements et le risque d'éviction des espèces traditionnelles. D'anciens ministres et experts affirment que la BCE n'aura pas accès aux données personnelles des utilisateurs, et que cet euro numérique ne vise pas à éliminer les paiements en espèces.
Cependant, certaines banques privées expriment des réserves et craignent que cette nouvelle monnaie décourage les dépôts traditionnels, consolidant une tendance qui pourrait menacer leur modèle économique. Des analystes de l'industrie mentionnent qu'un rapport de PwC a estimé que l'implémentation de l'euro numérique pourrait coûter aux banques environ 30 milliards d'euros.
Les préoccupations ne se limitent pas aux acteurs bancaires : certains groupes au Parlement, plus conservateurs, se montrent sceptiques quant à l’adoption de l’euro numérique et rejettent la transition vers cette nouvelle forme de monnaie.
Quoi qu'il en soit, l'avenir de l'euro numérique continuera d'être scruté avec attention. Alors que l'Europe cherche des voies pour renforcer sa souveraineté dans le domaine financier, ce projet pourrait représenter un tournant décisif vers une nouvelle ère de paiements numériques.







