Le Vendredi saint, traditionnellement férié en Moselle, suscite cette année un vif débat. Le préfet de la région a décidé d'autoriser l'ouverture des magasins le 3 avril, une décision perçue comme une atteinte à des pratiques profondément ancrées dans le droit local, héritées de l'histoire régionale. Cette mesure, inédite depuis 1990, a soulevé des critiques au sein des syndicats et du diocèse, qui voit dans cette initiative un risque d’affaiblissement des traditions.
Retour sur un précédent conflit
« Une exemption a été accordée en 2021, mais il s'agissait d'une situation exceptionnelle liée à la crise sanitaire », souligne Alexandre Tott, secrétaire général du syndicat Force Ouvrière en Moselle. Selon lui, la décision récente du préfet est jugée autoritaire et prise sans consultation, ce qui laisse les commerçants dans l'incertitude. En réponse, le syndicat, accompagné par la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, a déposé un recours au tribunal administratif pour suspendre cette décision.
En janvier dernier, ces organisations avaient déjà remporté un procès contre une autre décision du même préfet concernant l'ouverture dominicale pendant les soldes d'hiver. « Ce préfet affiche une vision très libérale du droit local. Cependant, notre victoire précédente nous encourage à rester vigilants. Les employés méritent de bénéficier de ce jour férié », poursuit Tott, insistant sur les défis organisationnels que cette décision représente pour les commerçants.
Des voix discordantes au sein du diocèse
Le diocèse de Metz a également exprimé son indignation, bien qu’elle ne repose pas sur des critiques salariales. Dans un communiqué, il a fait écho à l’émotion de nombreux Messins et Mosellans, y compris des commerçants, et a appelé à une protection des traditions locales. Mgr Philippe Ballot a exprimé ses craintes concernant la création de précédents : « Cette mesure remet en question une pratique enracinée dans notre histoire », a-t-il déclaré.
Les magasins pourront ouvrir, mais seulement si les salariés donnent leur accord. Toutefois, beaucoup se demandent si cette décision permettra une animation commerciale effective. Éric Rogovitz, coprésident des Vitrines de Metz, a partagé son scepticisme : « La décision du préfet a été inattendue et il serait préférable de structurer des dialogues à l’avance. Les commerçants se trouvent dans une position d’incertitude, et cela nuit à l'image de soutien au commerce », conclut-il. Les prochaines semaines seront déterminantes pour observer les réactions de la population ainsi que les conséquences pour les acteurs économiques locaux.







