Au cœur des vastes prairies de Mongolie, un coup de sifflet retentit et des lutteurs de tous horizons se jettent à l'assaut d'un ballon de football lors d'une pause ludique dans leur entraînement. Cette initiation révèle une facette moins formelle de la tradition de lutte qui perdure dans le pays depuis des siècles.
Ces athlètes, qui s'entraînent sans relâche, se préparent intensément en vivant dans des camps isolés, déterminés à obtenir la victoire lors des épreuves du Naadam qui se tiendront à la mi-juillet. "Il y a la Coupe du monde de football, alors nous avons décidé d'ajouter un brin de créativité à notre routine" explique Batsuuri "Basu" Namsraijav, quadruple champion inébranlable, tout en soulignant que la discipline reste au cœur de leur pratique.
Ce tournoi, qui promet d'attirer plus de 1 000 lutteurs, célébrera les "Trois jeux virils" : lutte traditionnelle, courses de chevaux et tir à l'arc. Basu dirige son propre camp sportif, nommé après lui, où il a rénové les conditions d'entraînement. "Avant, c'était bien plus rudimentaire. Grâce à notre nouveau complexe, nos athlètes s'entraînent sérieusement tout en étant en communion avec la nature," ajoute-t-il.
Leurs journées débutent au lever du soleil, suivies d'entraînements rythmiques et d'un déjeuner nourrissant composé de viande de mouton, de légumes frais et de thé au lait. Situé à environ 100 kilomètres d'Oulan-Bator, l'accès au camp est strictement réglementé, limitant le nombre de visiteurs à cette expérience authentique.
En raison de l'organisation du Naadam en plein air, Basu encourage sa troupe à se familiariser avec les prairies verdoyantes, cruciales pour leur préparation. "Chaque lutteur doit affiner chaque aspect de son être : physique, mental et nutritionnel… un peu comme un cheval de course," souligne-t-il.
Contrairement à la lutte olympique, le style traditionnel mongol ne connaît ni catégories de poids ni durée impartie au combat, et il n'est pas rare que des challenges puissent se poursuivre durant presque une heure. L'esprit de la lutte mongole permet ainsi à des compétiteurs plus légers ou moins expérimentés de triompher face à des adversaires plus imposants.
L'an passé, Batmagnai Enkhtuvshin, né en 2001, avait remporté le titre, suscitant l'engouement d'une nouvelle génération de lutteurs désireux de faire leur marque cette année. Les camps d'entraînement, transmis de génération en génération, continuent d'attirer les jeunes, malgré les transformations urbaines rapides qui impactent le pays.
Au-delà d'une simple tradition sportive, la lutte se transforme en vecteur d'identité nationale en Mongolie. Cependant, les femmes restent encore exclues des camps de lutteurs. Sumiyabazar Naranbaatar, un prometteur jeune lutteur de 22 ans, partage son parcours : "J’ai décidé de me lancer dans ce sport après l'annulation du Naadam à cause de la Covid. C'était perturbant, mais j'avais toujours rêvé d'être lutteur. Alors j'ai décidé de foncer!" se remémore-t-il.
À l'approche du Naadam, les lutteurs, tels que Sumiyabazar, terminent leur journée en regagnant les yourtes et cabanes. Les derniers jours d'entraînement promettent d'être intenses, sans aucune distraction. La bataille pour le respect du public et l'honneur familial dans ce grand événement symbolique de la Mongolie est à l'horizon. "Pour nous, le Naadam représente nos Jeux olympiques," conclut Basu, illustrant l'importance tant culturelle que spirituelle de cette compétition.







