Depuis 2020, le dispositif Stop fournit un numéro d’écoute pour orienter les personnes ayant des troubles pédophiliques. En 2025, plus de 4.500 appels ont été reçus.
« Il y a quelque chose qui ne va pas. Je suis trop attaché à cet enfant », confie un jeune homme au téléphone. Il a contacté le dispositif Stop (Service téléphonique d’orientation et de prévention), qui accompagne les individus ressentant une attirance sexuelle pour les enfants. L’appel a été dirigé vers l’hôpital Ville-Évrard, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), où l’une des lignes de ce service national est gérée. Ce service, accessible et gratuit, vise à offrir écoute, orientation et prévention aux personnes présentant un trouble pédophilique.
« L’objectif du numéro Stop est d'intervenir avant le passage à l’acte », explique Daniel Pinède, psychiatre à Ville-Évrard. « Nous orienterons les appelants vers des professionnels de santé qui évalueront leur situation et proposeront des soins. » Depuis sa création, le dispositif s'est étendu sur le territoire français, avec 35 antennes, et est supervisé par le ministère des Solidarités et de la Santé.
Selon le Dr Pinède, le volume d'appels a augmenté récemment, notamment en raison de l'affaire Lyhanna, qui a suscité l'inquiétude. Au téléphone, Géraldine Lenfant, infirmière, poursuit la discussion avec le jeune homme.
Des appelants en souffrance
Agé d'une vingtaine d'années, ce jeune homme vit chez sa mère et a vu son emploi dans le périscolaire se terminer en raison de son comportement. Au téléphone, il partage la « très grande proximité » qu'il entretenait avec certains enfants, tout en niant avoir eu des gestes déplacés.
Un rendez-vous a été pris rapidement pour un entretien afin d'évaluer l'ensemble de sa situation, incluant sa sphère relationnelle et son éventuelle consommation de contenus inappropriés, précise Géraldine Lenfant.
« Les appelants sont en souffrance. C’est extrêmement compliqué pour eux d'en parler. Beaucoup éprouvent de la honte et cherchent un espace où s'exprimer, » souligne l'infirmière. « Certains bénéficient même d'un suivi psychologique sans oser aborder le sujet avec leur thérapeute. »
Identifications et interventions nécessaires
En 2025, le dispositif a reçu plus de 4.500 appels. Parmi les interlocuteurs, 90 % étaient des hommes, avec un âge moyen de 37 ans. « La plus grande inquiétude, c’est de ne pas passer à côté d’une urgence ou de manquer un signalement, » confie Géraldine Lenfant. Des recherches et études évoquées par les services d’écoute estiment que 4 à 13 % de la population pourrait présenter un trouble pédophilique.
Bien que la plupart des personnes concernées soient considérées comme abstinentes et n'agressent pas de mineurs, « il y a toujours un risque potentiel, » met en garde le Dr Pinède, indiquant l'importance d'une prise en charge adéquate.
Les professionnels de santé respectent le secret médical, mais certaines situations peuvent exiger une levée de ce secret, notamment lorsqu’un mineur est en danger. « Si un homme révèle une fixation sur un enfant et qu'il indique qu'il se sent incapable de contrôler ses pulsions, nous prévenons le procureur de la République, » souligne le Dr Pinède.
En 2025, environ 150 signalements ont été transmis à la justice à la suite d’appels au dispositif. En fonction de l'urgence, des enquêtes peuvent être lancées et les forces de l'ordre intervenues si nécessaire.







