Depuis plusieurs jours, l’Iran est le théâtre de manifestations tumultueuses, provoquées par un effondrement économique retentissant. Cette agitation s'est rapidement métamorphosée en une remise en question ouverte de la théocratie en place, mettant en lumière les tensions croissantes entre le régime islamique et une population en détresse.
Dès la fin décembre, l'Iran a vibré au son de la contestation contre le régime des mollahs qui gouvernent le pays depuis 1979. Le facteur déclencheur a été la chute vertigineuse du rial, la monnaie nationale, atteignant des niveaux alarmants de 1,4 à 1,45 million de rials pour un dollar. Cette dévaluation s'est traduite par une inflation galopante, rendant la vie quotidienne de nombreux Iraniens presque insupportable, surtout dans un contexte de stagnation salariale.
Face à cette situation, des commerçants du bazar de Téhéran ont fermé leurs boutiques pour protester, entraînant une vague de mobilisation dans d'autres villes. Selon un rapport de Le Monde, ces manifestations révèlent une colère sociale profonde, alimentée par la corruption, la répression et une demande croissante de liberté.
Un embrasement général
Partout dans le pays, un sentiment d'amertume grandit. Des manifestants expriment leur mécontentement à l'égard d'un régime perçu comme corrompu et répressif, tout en appelant à des réformes institutionnelles. Les étudiants, les travailleurs et divers secteurs de la société se rassemblent, transformant cet événement en un mouvement à la fois économique et politique. En outre, des sanctions internationales réinstaurées en 2025, en lien avec le programme nucléaire iranien, ont sérieusement compliqué l'accès du pays aux marchés mondiaux, aggravant davantage la crise économique.
Un chercheur à l’Institut français d'analyses géopolitiques, Jean-Luc Martel, souligne que le climat de mécontentement est logique dans un pays où l'élite au pouvoir semble déconnectée des réalités des citoyens. « Au-delà des préoccupations économiques, il existe un profond désir de changement politique qui n'est plus tenable », explique-t-il.
Pahlavi, un symbole de contestation
Les slogans scandés par les manifestants, tels que « Javid Shah » (Vive le Shah !), reflètent un regain d'intérêt envers la monarchie, longtemps taboue dans l'espace public iranien. Bien que le retour au pouvoir des Pahlavi soit controversé, ces revendications témoignent d'un désir de changement radical face à la théocratie. Reza Pahlavi, fils du dernier Shah, a récemment émergé comme une figure charismatique pour l'opposition, apte à galvaniser un mouvement anti-régime. Il a déclaré sur ses réseaux sociaux : « La flamme d'une révolution nationale a été allumée. Nous ne devons pas céder ».
Néanmoins, selon une étude de l'institut Gamaan, seule une minorité des Iraniens en exil souhaite vraiment le retour de la monarchie. Cela dit, Pahlavi reste un leader reconnu, promettant d'organiser un conseil national de transition pour élaborer une nouvelle constitution et inviter les Iraniens à se prononcer sur le futur régime.
Répression et violence
Face à cette agitation, le régime a intensifié sa répression. Des témoignages indiquent l'usage de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc contre les manifestants dans des villes comme Nahavand et Hamadan. Un rapport de RFI souligne que la tension monte, alors que la sécurité a lancé des arrestations massives. En 2025, un millier d'Iraniens auraient été condamnés à mort pour divers crimes liés aux manifestations.
Impact géopolitique potentiel
Les conséquences d'un effondrement du régime islamique pourraient être profondes, transformant la dynamique au Moyen-Orient. L'Iran est un acteur clé dans la région, soutenant des groupes comme le Hezbollah au Liban. Si la théocratie venait à chuter, cela laisserait un vide stratégique qui pourrait entrainer des conflits internes prolongés, selon des analystes politiques. Le politologue Pierre Hoss, expert en géopolitique iranienne, affirme que « Une telle chute générerait des enjeux en cascade, tant sur le plan régional qu'international. »
Alors que la colère gronde dans les rues de Téhéran et au-delà, cette crise met au jour un régime affaibli, en proie à une contestation qui allie la frustration sociale et un désir de changement politique. L'effondrement économique, agissant comme un révélateur des mécontentements anciens, pourrait bien précipiter un bouleversement historique en Iran.







