ENTRETIEN. À l'issue de rencontres notables entre le Rassemblement national et les leaders patronaux, François Durvye, conseiller spécial de Jordan Bardella, analyse un dialogue qui prend une nouvelle dimension. Loin d’une simple quête de popularité, il défend une vision pragmatique liant performance des entreprises et soutien au modèle social.
Valeurs Actuelles. Quels enseignements retenez-vous de cette séquence de dialogues avec le patronat ?
François Durvye. Ces échanges sont le résultat d'un processus amorcé depuis longtemps, intensifié récemment dans le cadre de la préparation aux élections. Chercher à dialoguer avec le Rassemblement national ne devrait pas surprendre, étant donné sa position forte au sein de l'Assemblée nationale et celle des sondages.
Ce statut de prédominance des RN a-t-il modifié la perception du patronat ?
Nos discussions avec les chefs d’entreprise sont constructives et respectueuses. Nous partageons une conviction : la fortune des entreprises est intimement liée à l'emploi et à la croissance, donc à notre modèle social. La direction des entreprises semble pragmatique, participant à un échange mutuellement bénéfique.
Certains parlent d'une simple manœuvre de séduction de la part du RN…
Ces critiques sont erronées. Les patrons ont pour but d’optimiser les bénéfices, tandis que nous avons la responsabilité d'améliorer la vie des Français. Nos objectifs ne s'opposent pas. Nous ne sommes pas là pour donner des directives ou accepter passivement des consignes.
En discutant, nous résistons à l'idée de devoir être "éduqués" par des dirigeants d’entreprise. Cela montre bien l'égocentrisme d'une fraction du patronat vis-à-vis des décideurs politiques.
De nombreux dirigeants reconnaissent le RN pour sa capacité d’écoute et de vérité. Ils apprécient notre refus de l’immobilisme, comme l'a noté Jordan Bardella.
L’objectif est simple : identifier tout facteur freins à la progression des entreprises, qui une fois levés, profiteront à l’ensemble de l’économie.
Quelles préoccupations ressortent de ces discussions ?
Deux points majeurs. Premièrement, l’inquiétude quant à investir en France dû à l’instabilité politique et fiscale. Cette instabilité est néfaste pour l’investissement. Avec un Parlement qui dysfonctionne et des décisions budgétaires qui manquent de long terme, les entreprises sont dans le flou. En effet, il faut parfois près de dix ans pour établir un site ici. Qui prendrait le risque aujourd’hui? Seul le RN pourrait obtenir une majorité en 2027, capables de briser ce cycle morose.
Deuxièmement, une perte de confiance dans l'État a été mentionnée. Les entreprises, ainsi que les citoyens, perçoivent souvent l'administration comme hostile. L'État devrait jouer le rôle de partenaire, mais ses actions, notamment en matière de normes, donnent une impression contraire.
À quoi ressemblera ce projet d’ordonnance pour simplifier le cadre entrepreneurial ?
Notre démarche vise à dépister tout ce qui empêche les entreprises de se développer. Par exemple, la directive CSRD sur la durabilité mobilise des ressources importantes dans certains grands groupes, mais sans apporter d'avantages tangibles. Les dirigeants passent alors leur temps à remplir des documents stériles au lieu de se concentrer sur le cœur de leur entreprise.
La question des retraites a également été évoquée. Comprenez-vous qu'elle suscite des inquiétudes dans un électorat libéral ?
Réduire notre programme économique à la seule question des retraites serait une erreur. L’analyse doit inclure la question de la productivité, qui est en déclin en France, contrairement aux autres pays de l’OCDE. Le commerce et le transport subissent également les conséquences d’une réduction de la productivité causée par des choix politiques.
Il est vital de promouvoir une entrée précoce dans le marché de l’emploi et d’optimiser les parcours des travailleurs.
Cela veut-il dire que les 35 heures doivent être remises en question ?
Il ne s'agit pas simplement de la durée de travail, mais de sa productivité. Les prévisions de retraite dépendent aussi de ce critère. Si nous n’agissons pas, nous perdrons une richesse précieuse.
En ce qui concerne la crise énergétique, le RN propose une TVA à 5,5 % sur le carburant. Que répondez-vous aux critiques sur le coût élevé de cette mesure ?
Ce sujet touche à des besoins fondamentaux. Pour de nombreux Français, la voiture est essentielle pour le quotidien, et sa hausse de prix impacte sérieusement leurs budgets. Il faut comprendre que cet aspect conduit inévitablement à des tensions sociales.
Le risque existe, et les Français ne tolèrent plus que l’effort pèse sur les mêmes. Le rejet du gouvernement face à des dépenses jugées superflues, par exemple, génère une forme d’angoisse et d’impuissance. La France ne devrait pas se résigner à l'immobilisme et peutacter ce phénomène.
Chaque obstacle devient une limite définitive, et cela doit changer.







