"On réalise un travail de fond" : comment les syndicats d'agriculteurs tentent de peser dans le projet de loi d'urgence agricole
D'après les chiffres de franceinfo, plus de 250 amendements parmi les 3 253 déposés ont été rédigés en collaboration avec la FNSEA. D'autres syndicats, tels que la Confédération paysanne et la Coordination rurale, ont été moins visibles.
Le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles a été présenté pour débats à l'Assemblée nationale depuis le 19 mai. Les discussions ont porté sur des thèmes variés allant des prix dans la grande distribution à la gestion de l'eau et l'utilisation des pesticides.
Au total, 3 253 amendements ont été soumis durant les premières discussions, mais seule la FNSEA a véritablement pris la parole dans les débats. Selon les estimations de franceinfo, presque 300 amendements proviennent de l'organisation syndicale.
Il s'agit d'une méthode bien connue : des groupes de lobbying envoient des fichiers d'amendements aux députés qui les déposent ensuite à l'Assemblée nationale. La FNSEA ne cache pas cette stratégie, affirmant : "On analyse le texte de loi puis on propose des ajustements. C'est un travail de fond que nous accomplissons."
Un lobbying assez habituel
Un message obtenu par franceinfo montre que le puissant syndicat a proposé 43 amendements aux élus, prêts à l'emploi. Cette technique de lobbying est courante dans les couloirs de l'Assemblée. En octobre dernier, une enquête conjointe de franceinfo et "L'Œil du 20 heures" révélait que 300 amendements d'un projet de loi sur la Sécurité sociale avaient été rédigés par des représentants d'intérêts.
Les efforts de la FNSEA semblent avoir porté leurs fruits. Ces "propositions d'amendements" ont été en grande partie intégrées par des députés de divers partis politiques. Par exemple, une proposition visant à associer les organisations professionnelles à la décision d'intégrer leur filière dans le dispositif de 'tunnel de prix' a été soutenue par des élus de la majorité, du Parti socialiste ainsi que des indépendants.
Danielle Brulebois, députée du Jura, soutient : "Je collabore souvent avec la FNSEA car leur approche n'est pas idéologique. Ce sont des lobbys utiles." Elle précise qu'elle est en contact avec de nombreux agriculteurs, qu'ils soient syndiqués ou non, pour recueillir leurs retours terrain.
Des disparités entre syndicats
Dans ce type de projet de loi, il est courant que les syndicats se manifestent. Cependant, la FNSEA semble prédominer, alors que la Confédération paysanne et la Coordination rurale sont nettement moins présentes dans le processus. La Confédération paysanne a choisi de ne pas s'impliquer dans les débats, considérant le texte comme inapproprié. Selon Stéphane Galais, porte-parole de ce syndicat : "Nous ne souhaitions pas légitimer un texte que nous considérons globalement délétère."
Il est vrai que le processus de lobbying exige des ressources importantes. Galais admet : "Nous n'avons pas les moyens d'élaborer autant d'amendements." Toutefois, il souligne les efforts faits pour sensibiliser les députés via des communiqués.
La discrétion de la Coordination rurale
Quant à la Coordination rurale, son absence dans les débats est également notable. Malgré une mobilisation visible en début d'année, cette organisation a opté pour en faire peu afin de ne pas entraver le processus législatif. Ils ont choisi d'adresser leurs propositions directement aux Ministères plutôt que de se concentrer sur les députés.
Leur position vise à préserver un certain poids dans les discussions moins polarisées. Un membre de la Coordination rurale explique que leur approche a été de "faire peu d'amendements, mais réfléchir à leur impact." Les discussions se poursuivent jusqu'au 29 mai, avec un vote prévu le 2 juin. Le texte sera ensuite transmis au Sénat, où la Coordination rurale espère avoir un soutien plus marqué.







