Un crime terrible bouleverse la France et interroge ses institutions. Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a convié ce lundi à la Chancellerie les procureurs généraux pour une réévaluation des plaintes déposées concernant des enfants victimes, suite à l'énorme choc causé par laffaire Lyhanna. Au même moment, des manifestations organisées par des collectifs féministes et de protection de l’enfance sont prévues devant les tribunaux.
Lors de cette réunion, qui débutera à 8h30, le ministre mettra en lumière l'urgence d'un examen exhaustif de près de 70 000 plaintes concernant des enfants victimes. « Nous allons traiter chaque ressort judiciaire ; aucun magistrat ne prendra de vacances tant que ce recensement ne sera pas achevé, » a averti Darmanin, alors qu’une marche blanche en hommage à Lyhanna a mobilisé 6 000 personnes à Fleurance.
Excuses présentées à la famille de Lyhanna
Suite à la découverte tragique du corps de l'enfant de 11 ans et à la révélation de précédentes plaintes pour viols sur mineures, le garde des Sceaux est intervenu avec force. En déplacement à Béziers, il a exprimé sa terreur face à cette situation et a souligné sur X les « dysfonctionnements graves » de l'administration judiciaire.
Vendredi soir, sur TF1, il a officiellement présenté des « excuses » à la famille de Lyhanna, reconnaissant la « défaillance » des services concernés dans le suivi des plaintes contre le suspect, et a annoncé des « sanctions » possibles envers les magistrats en cas de fautes avérées. Une enquête regroupant la justice, la gendarmerie et l'Éducation nationale doit rendre ses résultats sous quinze jours. La plainte centrale, maintenant au cœur des critiques, avait été déposée en août 2025 par la mère d'une autre fillette sur des faits qui se seraient déroulés entre septembre 2024 et mai 2025.
« Un viol sur enfant, c’est urgence absolue »
Malgré des éléments médico-légaux solides, le parquet de Toulouse avait décidé de transférer le dossier au parquet d'Auch, qui a mis du temps à le traiter. Ce manque d'urgence a été vivement critiqué, notamment par le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, qui a déploré l'inaction alors que le danger était clairement identifié. Gérald Darmanin a renforcé cette idée, insistant sur le caractère impératif d'un traitement prioritaire des plaintes visant les enfants.
Alors que la Conférence nationale des procureurs généraux a réagi, soulignant qu’aucune sanction ne devrait être prise avant l’achèvement de l'enquête, l'Union syndicale des magistrats a évoqué une surcharge de travail due à la multiplication des circulaires. Cela a renforcé l'idée que la situation nécessite des réformes structurelles.
Des moyens insuffisants pour la justice
La question des ressources judiciaires sera cruciale lors de la réunion de lundi. Bien que des investissements récents aient été réalisés, des experts comme Frédéric Chevallier, président de la CNPR, arguent que ces efforts ne suffisent pas à combler les lacunes existantes. Avec seulement trois procureurs pour 100 000 habitants en France, contre 12,2 en moyenne en Europe, la situation pose un réel problème. De plus, une grande partie du budget de la justice est allouée à la gestion pénitentiaire plutôt qu'à des politiques préventives.
Des collectifs engagés dans la lutte pour les droits des femmes et des enfants ont également prévu des rassemblements ce lundi, dénonçant une carence structurelle des institutions. La Fondation des femmes a appelé à des réformes législatives complètes contre les violences sexuelles, témoignant de la nécessité d’une action rapide et efficace.







