Le 16 janvier prochain, Emmanuel Macron convoque à Paris les dirigeants politiques de Nouvelle-Calédonie pour aborder à nouveau l'avenir institutionnel de ce territoire. Cependant, cette réunion semble déjà compromise, le Front de Libération Nationale Kanak et Socialiste (FLNKS) ayant décidé de boycotter l'événement, un acte qui souligne les tensions persistantes entre les factions politiques.
Depuis mai 2024, les autorités françaises semblent céder face à une dynamique indépendantiste marquée par le rapport de force. Ce tournant est illustré par une volonté de corriger ce qui est considéré comme une anomalie démocratique majeure : le gel du corps électoral, qui empêche de nombreux citoyens français, résidant depuis plus de dix ans, d'exercer leur droit de vote pour des élections provinciales clés.
Chronique d’un abandon progressif
Gérald Darmanin et Gabriel Attal ont proposé une réforme ambitieuse qui permettrait d’intégrer environ 26 000 citoyens français jusqu'alors exclus, une mesure adoptée par le Sénat et l'Assemblée nationale avec un soutien large, renforçant ainsi sa légitimité politique. Toutefois, des émeutes éclatent le jour même du vote, entraînant la mort de 14 personnes et des dommages économiques estimés à 2,2 milliards d’euros. Face à cette violence, l'État décide de suspendre puis d'abandonner la réforme.
Les émeutes insurrectionnelles
Manuel Valls, en tant que ministre des Outre-mer, hérite de ce dossier épineux. À la réunion de Deva en mai 2025, il présente un schéma controversé d'« indépendance-association » perçu par beaucoup comme un renoncement à l'intégrité territoriale française. Les loyalistes contestent vigoureusement cette approche et craignent un abandon au profit d'une autonomie excessive au sein de l'État calédonien.
Le compromis de Bougival, puis son effondrement
Face à un gouvernement qui ne les soutient plus, les loyalistes choisissent un compromis déséquilibré à Bougival en juillet 2025, acceptant la création d’un « État de Nouvelle-Calédonie» avec des concessions significatives. Ce compromis, malheureusement, est rapidement rejeté par le FLNKS qui dénonce son incompatibilité avec un véritable processus d'indépendance.
L'État avait pourtant craint un retour de la violence et tenté de relancer le processus avec une consultation populaire. Cependant, la menace de boycott a conduit à l'abandon de cette initiative, plongeant de nouveau la Nouvelle-Calédonie dans l'incertitude.
Retour à la case départ
La réunion de concertation envisagée par Emmanuel Macron dans un contexte d’incertitude totale intervient alors que les loyalistes se sentent trahis, ayant fait des compromis sans contreparties. Actuellement, l'abandon de la réforme électorale et l'effondrement de l'accord de Bougival laissent la Nouvelle-Calédonie dans une position précaire, similaire à celle de 2024 mais avec une situation sociopolitique dégradée.
Il est impératif de souligner que le dégel du corps électoral est crucial pour garantir l’égalité des droits civiques. Sans une affirmation claire sur ce point, l'État continuera d'être entravé par un dialogue déséquilibré, où une partie refuse toute solution ne menant pas à l'indépendance. Les votations récentes en faveur de l'appartenance à la France soulignent l'attachement d'une grande partie de la population à la République. La responsabilité de Paris est donc de soutenir les voix qui demeurent fidèles à la France tout en rejetant les tactiques d'exclusion et de violence du FLNKS.
Comme le souligne un analyste politique dans *Le Monde*, la situation actuelle ne peut perdurer sans des gestes concrets pour restaurer un dialogue constructif et équilibré. L'État doit également considérer les réalités économiques précaires que traverse l'île, rendant l'engagement dans la stabilité et l'égalité civique plus pressant que jamais.







