Le 20 février 2024, un email glaçant a annoncé la fermeture définitive de l’Esport Gaming School (EGS) à Bordeaux. "C'était ciao, l'école ferme", a déploré Jean-Baptiste Frasconi, l'un des étudiants touchés par cette décision inopinée. L'école, fondée en 2018, a sombré dans des difficultés financières, laissant plusieurs dizaines d'élèves dans le désarroi, sans diplôme et avec des dettes pesant sur leur avenir.
"Je suis à terre mentalement", confie Valentin Mirgaudou, qui cumule une dette de 15 000 euros pour une formation sans reconnaissance officielle. Des examens étaient programmés pour la fin avril, mais la liquidation judiciaire intervenue le 3 a mis un terme à tous les espoirs des étudiants. Pour eux, la promesse d'une carrière dans le gaming s'est transformée en cauchemar, et une trentaine d'entre eux se sont regroupés en collectif pour obtenir des réponses.
La EGS avait pour ambition de combiner formation académique et passion pour les jeux vidéo. Entre graphisme et marketing, les étudiants s'étaient inscrits avec l'espoir d'embrasser une carrière dans l'e-sport, attirés par une communication alléchante. "On nous a vendu du rêve", résume Jean-Baptiste. Pourtant, la réalité s'est avérée bien différente. Selon un ancien enseignant, des prix exorbitants ont poussé une implémentation trop rapide et des coupes budgétaires sévères qui ont conduit à un manque d'encadrement et de contenu pédagogique.
À la tête de l'école, Yoann Rousset s'est battu avec des méthodes novatrices pour motiver ses élèves, mais les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Les intervenants, lassés par une gestion chaotique, ont démissionné, laissant les étudiants sans soutien adéquat. L'un d'eux a déclaré : "Les véritables cours étaient rares. Je n'ai jamais suivi plus de deux heures de jeux vidéo par semaine. "
Ce constat alarmant n'est pas isolé, et de nombreux étudiants ressentent le poids d'une éducation bancale qui les a laissés sur le carreau. La promesse d'une école innovante est devenue celle d'une "école fantôme", où les étudiants sont désormais à la recherche de réponses et de nouvelles perspectives pour se reconstruire. Des initiatives sont en cours pour porter leur voix, mais la route reste semée d'embûches.
Les parents, inquiets pour l'avenir de leurs enfants, se sont exprimés lors d'une réunion explosive à laquelle Yoann Rousset a tardé à se présenter. "Il a déserté l'école, et cela se reflète dans le niveau d'instruction proposé. Pour beaucoup, cela a provoqué une perte de motivation", explique un ancien membre du personnel. Les enseignants eux-mêmes ont été réduits à partager des vidéos de YouTube comme contenu pédagogique, un fait inacceptable pour des frais de scolarité exorbitants.
La réorganisation de l'EGS dans des locaux moins spacieux n'a pas réussi à rassurer les étudiants, qui luttent pour se relever de cette désillusion. Axel Flores, un autre étudiant, travaille désormais à deux emplois pour rembourser son prêt, alors que d'autres envisagent de reprendre des études ailleurs.
La situation actuelle à Bordeaux soulève, entre autres, des questions sur la privatisation de l’enseignement supérieur. Comme l'affirme leur avocat, Maître Sylvain Galinat, "mes clients veulent comprendre les causes de cette chute soudaine. La réalité de cette situation est désarmante." Pour bon nombre, l'aventure de l'e-sport s'est terminée bien trop tôt, et les conséquences de cette fermeture sont encore à explorer.







