Chaleur intense : les maires face à un choix délicat pour les écoles

Entre le confort des élèves et la continuité des enseignements, le débat fait rage.
Chaleur intense : les maires face à un choix délicat pour les écoles
©Philippe LOPEZ, AFP - Une classe d'école élémentaire vide à Bordeaux pendant une vague de chaleur le 1er juillet 2025

"Sous 40 degrés, je ferme les écoles", affirme Emmanuel Denis, maire de Tours. Malgré un plan d'investissement de 150 millions d'euros pour la rénovation de ses établissements, il envisage de restreindre l'ouverture de ses 58 écoles en cas de canicule.

Alors qu'une nouvelle vague de chaleur s'installe, les maires se retrouvent confrontés, encore une fois, à une décision délicate : fermer les écoles, risquant d'irriter les parents, ou les maintenir ouvertes, parfois au détriment du bien-être des enfants. C'est une question qui revenait également en juin 2025, où 2.200 établissements français ont dû fermer, dont plusieurs à Tours, qui restaient fermés l'après-midi.

Pour faire face à cette chaleur persistante, la municipalité de Tours continue ses efforts de rénovation et d'aménagement, tout en envisageant des actions d'urgence : aération précoce des salles de classe, arrosage des terrains de jeux, installation de ventilateurs et bientôt de brasseurs d'air au plafond.

"Lorsque la chaleur s'installe, il arrive un moment où la température intérieure égale celle extérieure. Dans ces conditions, je préfère fermer pour protéger les enfants", insiste Emmanuel Denis.

À Provins, le maire Olivier Lavenka a également dû fermer ses onze groupes scolaires lors de la canicule d'été 2025, tout en maintenant un service d'accueil minimal. "Des travaux significatifs ont été entrepris, mais à 38 ou 39 degrés, il n'est pas acceptable que les enfants soient en classe", estime-t-il, tout en se montrant déterminé à faire des investissements, tels que l'installation de salles climatisées, qui pourrait coûter jusqu'à 300.000 euros par école.

Concernant les écoles de Forbach, le maire Alexandre Cassaro a pris des mesures préventives, constituant des stocks de bouteilles d'eau et de brumisateurs, tout en surveillant quotidiennement les températures. Il n'hésite pas à brandir la menace de fermetures si les conditions deviennent insupportables, tout en cherchant des alternatives, comme le transfert d'élèves vers des lieux rafraîchis.

À Lyon, cependant, la ville a choisi de maintenir ses 207 écoles ouvertes. "Pour certains enfants, l'école est un endroit plus frais que leur domicile. De plus, interrompre la continuité éducative peut désorganiser les familles", explique Stéphanie Léger, adjointe à l'Éducation. Lyon a ainsi lancé le programme "aventure fraîcheur", visant à optimiser les espaces frais des écoles tout en favorisant des sorties vers des lieux climatisés.

Au ministère de l'Éducation nationale, la directive rappelle que les décisions de fermeture doivent être prises en concertation entre préfet, autorités académiques et mairie. Cependant, Guillaume Perrin, spécialiste de la rénovation des bâtiments publics, souligne la difficulté de cette coordination dans l’urgence et déplore l'absence d'un plan national pour les écoles lors des canicules. Il note que 80 % des établissements ne sont pas équipés pour faire face à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes.

En réponse à cette situation, Emmanuel Macron a annoncé un projet ambitieux pour rénover 40.000 écoles d'ici 2034, en s'appuyant sur le "fonds vert". Mais les élus, comme Antoine Jouenne de l’Association des maires de France, se plaignent des lenteurs administratives. "À Châtillon, la rénovation d'une école nous a coûté 1,4 million d'euros, dont seulement 200.000 euros de subventions", déplore-t-il.

Pour avancer avec pragmatisme, Emmanuel Denis a proposé de collaborer avec l'Éducation nationale pour ajuster les horaires scolaires, en décalant d'au moins une heure le début des cours. Mais cette option est, pour l'heure, loin d'être acceptée.

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