La froideur du féminicide s'installe dans la salle d'audience, déjà frustrante sous le poids de l'effroi, alors que Lakhdar Matoug évoque le meurtre, le dépeçage et la dispersion du corps de sa femme, Assia, au cœur de Paris, un jour d'hiver 2023.
Jugé depuis lundi par la cour d'assises de Paris, où il fait face à une peine de prison à perpétuité, Matoug, affichant une apparence contrite, se montre souvent hésitant, évoquant avec émotion ses trois enfants.
Quand interrogé, il répond souvent par des « je ne me souviens plus », attribuant ses nombreux oublis à l'épreuve de vivre dans un « monde parallèle » durant les jours tragiques entre janvier et février, où il a tué sa femme, conservé son corps à la maison avant de le démembrer puis d'en abandonner des morceaux dans le parc des Buttes-Chaumont et à Bobigny.
Cependant, l’apathie laisse rapidement place à la colère. Face à une avocate qui l'interroge sur la surveillance qu'il exerçait sur Assia, son regard se durcit, trahissant une rage palpable.
- Rage -
Interrogé sur une conversation alarmante d'Assia avec sa sœur et sa tante, où elle avait exprimé qu'elle risquait de « mourir », la colère en lui monte encore d'un cran.
Malgré son affichage de chagrin, lorsqu’on aborde les nombreuses contusions sur le corps de sa femme, Matoug continue de clamer son innocence : « Je n'ai jamais levé la main sur Assia », tentant d’expliquer ces marques par un accident avec une table en verre de leur appartement.
Tout au long de cet interrogatoire oppressant, il persiste à nier avoir strangulé Assia. Ses justifications, cependant, s’effritent à mesure que les questions fusent.
Mesurant 1,92 m et pesant 90 kg, il a écrasé sa femme, d’à peine 1,55 m, sous son poids, appliquant une prise qui ne laissait aucune échappatoire, comme le souligne le président de la cour.
« Vous saisissez cette disproportion ? Même sans étranglement, votre position sur Assia interdit toute fuite », demande-t-il. L'accusé répond : « Je n'y ai pas pensé ».
Son but : arrêter les cris d'Assia, selon lui causés par une dispute sur de l'argent liquide aperçu dans son sac. « Si je la lâchais, elle aurait recommencé », assure-t-il, esquivant la question pourquoi il ne l'a pas laissée tranquille.
Une fois Assia morte, il la couvre d'une couette, expliquant aux enfants qu'elle est malade et se repose. Par la suite, il cache son corps dans le débarras de l'appartement tout en continuant à veiller sur ses enfants avec l'illusion qu'il faut « protéger » leur innocence.
Ce n'est que lors d'une nuit d'insomnie que l'idée de découper son corps pour le cacher lui vient, le jugeant « trop lourd » à transporter. Le 2 février 2023, après avoir déposé les enfants à l'école, il s'achète une meuleuse chez Castorama avant de retourner chez lui avec des sacs-poubelles.
Interrogé sur l'acte de dépeçage, il se décompose, incapable de justifier un acte qu'il qualifie de « solution la plus simple » pour préserver ses enfants de l'horreur de son crime. Me Manuela Lalot, l’avocate des enfants, rétorque fermement : « On ne peut laisser croire que tout cela a été fait pour protéger les enfants ».







