Un rapport accablant publié par une commission indépendante met en lumière un système inquiétant d'abus et de manipulation au sein des Bénédictines du Sacré-Coeur de Montmartre, une congrégation catholique parisienne. L'analyse de 142 pages, commandée en 2024, révèle un climat de contrôle et d'emprise orchestré par l'ancienne supérieure, mère Marie-Agnès, dont l'autorité jugée excessive a façonné la vie des religieuses pendant des décennies.
Les sœurs elles-mêmes avaient admis en 2023 qu'un système d'emprise prévalait dans la congrégation et ont exprimé leur désir d'explorer les ombres de leur passé. Après avoir interrogé 86 sœurs encore en fonction et 28 anciennes membres, la commission a recensé pas moins de 1.489 incidents. Les abus vont de l'utilisation abusive de l'autorité à un véritable culte de la personnalité, engendrant des violences physiques et psychologiques.
Cette spirale de maltraitance a débuté en 1969, année où sœur Marie-Agnès a été élue prieure générale, et s'est intensifiée après 2004. Les témoignages décrivent un environnement où les nouvelles recrues étaient souvent soumises à un véritable « régime policier », surveillées de près et manipulées émotionnellement.
Les religieuses, coupées de leurs familles, subissaient des intrusions dans leur vie privée, leurs conversations étant enregistrées et leur correspondance lue. Le rapport mentionne une atmosphère chargée d'espionnage, de délation et de chantage, un cadreant de vaillantes pratiques dénoncées par d'anciens membres des communautés religieuses.
Les abus physiques et psychologiques étaient accompagnés d’une série de pressions tant sur le plan nutritionnel qu'économique. Des régimes alimentaires inadéquats étaient imposés, allant jusqu'à des « gavages » qui provoquaient des vomissements. L'objectif était de faire ressembler chaque sœur à la supérieure, au grand prix de leur bien-être.
Sur le plan financier, le rapport met en évidence une dynamique préoccupante où le recrutement ciblait des jeunes filles issues de familles aisées. La décision de mère Marie-Agnès de s'approprier des biens dès le processus de postulat a conduit à des comptes vidés et des héritages captés, totalisant 857.356 euros dépouillés à cinq sœurs et à la congrégation elle-même. La hiérarchie religieuse menait un train de vie fastueux, contrastant avec les conditions de vie précaires des membres de la communauté.
Face à cette révélation choquante, la commission émet plusieurs recommandations, allant d'indemnisations à des remboursements pour les victimes. Ces actions visent non seulement à réparer les préjudices subis mais également à inciter l'Église à reconnaître les dérives qu'elle a longtemps ignorées. Le diocèse de Paris a d'ailleurs reconnu dans un communiqué qu'il n'a pas exercé la vigilance nécessaire durant de nombreuses années.
Aujourd'hui, grâce à des changements engagés depuis 2014, la congrégation a réussi à établir un fonctionnement plus normal, même s'il demeure fragile. Redonner confiance aux membres et aux victimes sera un défi central, essentiel pour l'avenir de la communauté.







